Le rôle des médias dans l'instauration d'une bonne gouvernance

Mercredi 6 octobre 2021

L'Observatoire de la Fonction publique et de la bonne gouvernance (OFP) de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ), en collaboration avec la Fondation, Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS), a organisé le mercredi 6 octobre, dans le cadre des activités du Forum de la bonne gouvernance un webinar intitulé « Le rôle des médias dans l'instauration d'une bonne gouvernance », avec, comme intervenants : Pr Fouad Zmokhol, Doyen de la Faculté de gestion et de management de l’USJ ; M. Georges Soulage, Rédacteur en chef du journal « Al Joumhouria » ; Mme Roula Mikhael, directrice exécutive de la fondation « Maharat » ; M. Walid Abboud, Rédacteur en chef du journal télévisé de la « MTV »; Mme Hayat Mirchad, Directice de l’association « Fe-Male » et du site « Sharika wa Laken ». La session fut introduite par le Pr Pascal Monin, Directeur de l’OFP et par M. Michael Bauer, directeur de KAS. Le Forum fut animé par Dr Charbel Maroun, journaliste et enseignant universitaire.

"Les médias sont le quatrième pouvoir, lance d’emblée le Pr Pascal Monin, et selon un certain nombre de chercheurs, poursuit-il, c'est le pouvoir "X", pour désigner la grande et efficace influence qu'ils ont sur la vie publique."

 « Il n'y a pas besoin de médias sans liberté, martèle Monin. Sans ces institutions, la voix unique prévaut, même s'il y a une multitude de plateformes médiatiques, et la société manquera d'espaces de discussion saine et libre, conduisant à la mort de la démocratie. Ce n'est pas un hasard, que la plupart des sociétés démocratiques sont celles qui bénéficient de médias libres et indépendants."

« Il est bien établi que l'efficacité des médias est liée à leur honnêteté et à leur professionnalisme, et il est donc nécessaire de revoir d'urgence les différentes lois sur les médias et d'apporter les modifications nécessaires, pour permettre la mise en place d'un environnement juridique incubant le travail des médias.  Le concept d'éthique des médias doit également être renforcé afin de fortifier et de protéger les métiers des médias et le travail des journalistes", conclut Monin.

Pour sa part, Michael Bauer a souligné l'importance du rôle des médias "dans la construction d'un État de droit efficace, et en mettant en évidence la corruption, le népotisme et tout ce qui entrave le développement de l'État en général".

Il a évoqué aussi le travail du "Forum de la bonne gouvernance, qui a débuté en 2020 au sein de l'Université Saint-Joseph, et qui a abordé de nombreux sujets importants dans le but de développer la gouvernance au Liban".

Le Pr Fouad Zmokhol, a lancé pour sa part les interventions en soulignant que « le rôle premier des médias est d'être le médiateur, car leur rôle est plus qu'une quatrième autorité. Les régimes policiers travaillent toujours à mettre la main sur les médias en les faisant taire et en achetant les voix et les plumes. C’est malheureusement ce qui se passe au Liban. »

Il a souligné que « le rôle des médias dans la bonne gouvernance est premièrement la sensibilisation et la promotion ; deuxièmement, la participation transparente, troisièmement ; le respect des droits de l'homme, quatrièmement ; les règles de droit, et le cinquième point est la recherche de la vérité. Par exemple, la première enquête dans l'explosion du port de Beyrouth a commencé dans les médias. Quant au sixième point, il s'agit du rôle effectif dans la lutte contre la corruption de manière transparente, et le dernier point est l'accès à l'information. »

 De son côté Georges Soulage a estimé que « les médias au Liban ne ressemblent à aucun modèle dans le monde. La liberté des médias existe, mais tous les médias ne sont pas libres. Il existe des médias, dans une certaine mesure, indépendants et donc libres selon leurs capacités. Quant à la deuxième catégorie, ce sont les médias affiliés aux partis. Il existe aussi des instances financières et économiques qui ont leurs propres supports médiatiques. Quant à la troisième catégorie, ce sont les sites internet qui se créent rapidement. Chaque personne qui n'a pas trouvé d'emploi décide de publier un site internet et s'installe comme rédacteur en chef, à une époque où il nous a fallu de nombreuses années pour arriver à notre niveau de professionnalisme. C'est ce qu'on appelle un processus de piratage médiatique, à un moment où la protection intellectuelle est absente. ».

"L'influence des médias dans le processus de construction d'une bonne gouvernance, ajoute Soulage, est impossible dans un pays comme le Liban, selon la structure existante", soulignant que "le travail des médias est aujourd'hui très difficile à la lumière de la crise économique, l'absence de financement et la disparition des revenus de la publicité », pointant du doigt « une baisse de la proportion des publicités dans les médias pouvant aller jusqu'à 90 %. Il a conclu que « c'est une bataille existentielle. »

De son côté, Roula Mikhael a estimé que "le système médiatique libanais est similaire au système politique existant", et a déclaré : "Malgré tout le travail d'enquête médiatique et la détection de dossiers de corruption, rien ne change à cause du système existant".

Elle a ajouté : « Il ne fait aucun doute que le travail des médias dans un tel système politique, en l'absence de la transparence requise, est une question problématique. La question qui se pose est de savoir dans quelle mesure les médias peuvent sortir de leur réalité, de leurs obligations et leur dépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds."

Mikhael a estimé que « les médias numériques sont devenus aujourd'hui une alternative aux médias traditionnels, ce qui a permis à la scène médiatique de se développer, notamment avec la grande marge de liberté dont jouissent les médias numériques, comme le site Internet « Daraj » avec sa publication d'enquêtes sur le scandale des "Pandora Papers".

Et sur le rôle des médias et la bonne gouvernance, elle a souligné qu’ « il y a de la diversité dans les médias libanais, qui doit être gérée clairement, pour démontrer sa positivité dans la société libanaise. ."

Et elle a évoqué le projet de loi réglementant les médias numériques en disant : « Nous devons préserver le rôle des médias alternatifs ou des médias numériques en raison de l'importance de son rôle, tandis que le travail des autorités est de protéger, non pas d’oppresser."

Quant à Walid Abboud, il a commencé son intervention en rejetant "la diabolisation des partis à chaque fois qu'on dit qu’ils contrôlent les médias", soulignant que "ces partis ont le droit d'exprimer leur opinion de la manière qu'ils jugent appropriée".

Il a souligné que "la liberté existe au Liban, mais le problème est dans deux autres endroits. La démocratie est absente avec l'absence de délibération au pouvoir, et le changement est absent même parmi les gens qui désespèrent de cette situation".

Et de déclarer qu’"il n'y a aucune suite aux nouvelles qui sortent des médias, personne ne réagit malgré les révélations de scandales à travers les médias, ni du peuple, ni même de la justice".

Abboud a souligné aussi la nécessité pour "les médias publics, y compris Télé Liban, la radio nationale et l'Agence nationale, de jouer leur rôle naturel", estimant que "la diversité dans les médias est une source de richesse et non une source de scepticisme".

Finalement, Hayat Mirchad a regretté qu'« à ce jour, il n'y a pas de responsabilité ou d'évaluation au Liban pour le rôle des médias dans la bonne gouvernance, mais il est important de discuter où se situent les médias aujourd'hui par rapport à tout ce qui se passe dans la société. »

Et elle a estimé qu'« il y a une brèche dans la scène médiatique aujourd'hui, car elle a accompagné divers enjeux, avant, pendant et après la révolution ; mais le problème réside dans le fait que la culture de responsabilité envers les médias est absente chez le téléspectateur. »

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