- Sarcophage d’Ahirom, roi de Byblos
- Byblos, nécropole royale
- Calcaire jaunâtre ; traces de peinture rouge, brune et noire
- Haut : 147 cm ; long : 300 cm ; larg. : 114 cm.
- XIIIe s./Xe siècle av. J.-C.
- Musée national de Beyrouth, no. 2086
- Bon état de conservation malgré quelques éraflures et la perte des pigments colorés
Découvert par Pierre Montet en février 1922, au sein d’un ensemble de neuf tombes
de la nécropole royale de Byblos, le sarcophage du roi Ahirom a suscité, depuis lors,
l’intérêt du monde scientifique et du public national et international. Le contexte
archéologique, céramiques et objets trouvés dans le puits funéraire, l’associe au
Bronze récent (XIIIe siècle). Deux autres sarcophages, non sculptés ont été trouvés
avec lui.
L’importance de ce sarcophage réside non seulement dans les reliefs qui recouvrent
ses quatre faces, mais surtout par la présence d’une inscription phénicienne qui
débute sur la cuve latérale droite et se poursuit le long côté du couvercle. La partie
inférieure du sarcophage d’Ahirom repose sur quatre lions couchés, sculptés en bas-
relief, tandis que se détachent, en ronde-bosse, les têtes des félins aux angles.
La face antérieure du sarcophage présente une scène de banquet funéraire où
apparaît le roi Ahirom assis sur un trône flanqué de sphinx ailés, les pieds posés sur
un marchepied. Il est vêtu d’une longue robe, tient une coupe de la main droite et une
fleur de lotus fanée de la main gauche. Face à lui, et devant une table chargée de
nourriture, s’avance une procession de sept personnages. Certains portent des
offrandes, tandis que d’autres ont les bras levés en signe de vénération. Sur la face
postérieure du sarcophage s’avance une file de personnages qui confère une
solennité à la scène, portant, eux aussi, des offrandes et conduisant une chèvre. Sur
chacune des faces latérales, quatre femmes à la poitrine nue, les bras levés ou les
mains jointes au niveau de la taille, semblent se lamenter. Une frise de fleurs de lotus
renversées courent le long de la partie supérieure de la cuve du sarcophage.
Le couvercle, de forme légèrement bombé, porte la représentation de deux
personnages barbus, qui se font face de part et d’autre de deux lions dont les têtes
forment les tenons du sarcophage. L’un des personnages, le roi Ahirom tient une fleur
de lotus tombante et lève la main libre en signe de bénédiction. L’autre, probablement
son fils, hume une fleur de lotus et tient de la main droite un vase de libation.
L’inscription funéraire, en caractères phéniciens débute sur le couvercle, au-dessus
de la face antérieure, et se poursuit sur le bord supérieur de la face latérale droite de
la cuve. Elle est plus tardive et sans doute liée à une réutilisation du sarcophage, sur
lequel d’ailleurs aucune zone épigraphique n’avait été préparée. Comme il semble y
avoir eu une utilisation de la chambre funéraire à la fin du Bronze récent, celle du Xe
siècle correspond peut-être à une réutilisation d’un sarcophage plus ancien.
Le sarcophage et l’inscription ont suscité un grand intérêt lors de sa découverte, et
furent publiés notamment très vite par René Dussaud en 1924 (Syria, vol. V,1924, pp.
135-157), puis Ch. Torrey (JAOS, 45, 1925, pp. 269-279), pour ne citer que ceux-ci.
À la suite de sa découverte, l'objet fut présenté dans un musée temporaire situé au
centre-ville de Beyrouth, le Musée national Libanais où seules les antiquités mises au
jour à Byblos étaient exposées. Placé au centre de la salle 2, dénommée "Salle de
l’alphabet", il en constituait la pièce maîtresse. À partir de 1937, il fut transféré au sous-
sol du Musée national, avant d’être installé de manière permanente au rez-de-
chaussée de l’établissement.
Bibliographie : R. Dussaud, « Les inscriptions phéniciennes du tombeau d'Ahiram roi de Byblos », Syria, vol. 5, no 2, 1924, p. 135-157 ; Ch. C. Torrey, « The Ahiram Inscription of Byblos », Journal of the American Oriental Society, vol. 45, 1925, p. 269–279 ; P. Montet, Byblos et l'Égypte, quatre campagnes des fouilles 1921-1924, Paris, Terre du Liban, 1928 ; G. E. Markoe, « The Emergence of Phoenician Art », Bulletin of the American Schools of Oriental Research, vol. 279, no 279, 1990, p. 13–26 ; Collectif, Institut du monde arabe, Liban, l'Autre rive, Paris, Flammarion, Paris, 1998, p. 126 ; Reinhard G. Lehmann, Die Inschrift(en) des Ahirom-Sarkophags und die Schachtinschrift des Grabes V in Jbeil (Byblos), Mayence, Zabern, 2005 ; A.-M. Maïla Afeiche, Le Guide du Musée national de Beyrouth, 2020, p. 32-37.