Accès à la justice et résolution amiable : le CPM et la FDSP unissent leurs forces Entretien avec Johanna Hawari Bourgély

Mardi 9 décembre 2025


À la veille de ses vingt ans, le Centre professionnel de médiation (CPM) de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ) franchit une nouvelle étape dans sa mission au service de la paix sociale et de l’accès à la justice. Première structure de médiation au Liban et dans la région, le CPM renforce aujourd’hui son action grâce à une collaboration avec le Dispensaire juridique de la Faculté de droit et des sciences politiques (FDSP) et les cellules d’activités de bénévolat de l’Opération 7e jour, dans le cadre d’un projet soutenu par le PNUD/UNDP. Johanna Hawari Bourgély, directrice du CPM, revient sur l’évolution du Centre, les contours de ce partenariat et l’impact attendu pour les bénéficiaires comme pour les étudiants.

Pouvez-vous nous décrire le CPM à la veille de ses 20 ans ?

Le CPM a été fondé en octobre 2006, avec pour mission de promouvoir une culture de non-violence et une éducation à la paix. C’est le premier centre de médiation au Liban et au Moyen-Orient. Le CPM est à la fois un centre de formation et de médiation et un incubateur de projets.

En tant que centre de formation, nous formons des professionnels qui obtiennent un diplôme de médiation. Nous avons aussi inséré des formations à l’USJ auprès des étudiants sous forme de matières optionnelles de médiation et de communication non violente, ainsi que dans d’autres universités au Liban et dans la région, grâce à notre partenariat avec l’Agence universitaire de la Francophonie. Le troisième niveau concerne les écoles : nous avons introduit la formation d’élèves médiateurs au sein d’établissements publics et scolaires au Liban.

Comme nous sommes également un centre de médiation, les personnes – de la communauté USJ ou externes – qui ont des tensions, des conflits ou souhaitent renouer une communication saine, peuvent s’adresser au centre. Nous mettons à leur disposition des médiateurs professionnels pour les aider à résoudre leur conflit, à travers un processus strictement confidentiel, encadré par des règles éthiques et déontologiques. Depuis 2006, nous avons mis en place un accès gratuit pour les personnes vulnérables ou à ressources insuffisantes, à l’USJ comme à l’extérieur.

Enfin, nous sommes un incubateur de projets qui met en place différentes initiatives dans divers domaines au Liban et dans la région.

Comment est née la collaboration entre le CPM et le Dispensaire juridique de la FDSP ?

Cela fait déjà quelque temps que nous cherchons à collaborer avec la Pr Marie-Claude Najm, Doyenne de la FDSP, pour promouvoir des actions communes. Par rapport au Dispensaire juridique, c’était vraiment notre volonté de renforcer la coopération entre nos institutions au sein de l’USJ, et certainement aussi de renforcer la mission sociale et citoyenne de nos deux entités.

Le Dispensaire juridique offre depuis plusieurs années un accès gratuit à l’information et à l’accompagnement juridique pour les personnes vulnérables. De son côté, le CPM offrait déjà depuis 2006 un accès gratuit à la médiation. C’est ce qui nous a naturellement rapprochés.

Concrètement, le Dispensaire juridique travaille avec l’UNDP, qui soutient son action et qui a demandé qu’un accès à la médiation soit également proposé ; la Faculté de droit est donc revenue vers le CPM pour voir comment offrir cet accès, en collaboration avec le Dispensaire.

Quels types de conflits seront pris en charge et comment s’organise l’orientation des personnes vers les médiateurs du CPM ?

Au CPM, nous pouvons traiter tout type de conflit : conflits sociaux, familiaux, de voisinage, entre collègues, entre employeurs et employés. La médiation ne sert pas uniquement à résoudre un litige ; elle permet aussi de prévenir, de dénouer ou de renouer une communication qui ne passe plus.

J’insiste : les critères sont stricts. Ce service est destiné aux personnes qui n’ont pas de moyens et se trouvent dans une situation très précaire.

Comment se coordonnent les équipes du Dispensaire juridique, du CPM et des Cellules O7 ?

Le Dispensaire juridique reçoit d’abord les personnes vulnérables qui n’ont pas de ressources financières et qui ont besoin d’un accompagnement juridique ou d’un suivi devant les tribunaux. Là, nous sommes dans une procédure contentieuse.

Lorsque les équipes estiment qu’un dossier peut être traité par la voie amiable, il est renvoyé au CPM. Nous recevons alors les deux parties pour recueillir leur consentement, puis nous leur proposons une liste de médiateurs professionnels. Les parties désignent deux médiateurs qui travailleront en co-médiation et qui signent un engagement d’éthique et de confidentialité. Les dossiers sont ensuite traités dans les locaux du CPM, à Beyrouth, à Tripoli, ou encore à Saïda dans les locaux du Campus du Liban Sud.

Nous recevons également des dossiers de partenaires (ONG, municipalités, etc.), toujours dans le cadre des critères liés à la vulnérabilité.
La collaboration avec l’O7 porte surtout sur l’information : nous souhaitons faire connaître ce service d’accès à la médiation pour tous, au sein de la communauté USJ comme à l’extérieur, dans toutes les régions où opère l’Opération 7e jour.

En quoi cette collaboration renforce-t-elle l’accès à la justice et les modes alternatifs de résolution des conflits ?

Désormais, au Dispensaire juridique, les équipes savent distinguer les dossiers qui relèvent du contentieux et ceux qui peuvent être renvoyés vers l’amiable.

Cela permet de désengorger les tribunaux. Une résolution à l’amiable préserve aussi les relations, notamment dans les conflits familiaux ou entre collègues. Cette collaboration renforce l’idée de la médiation auprès des juristes et des avocats. C’est essentiel, surtout depuis le projet de loi déposé par le CPM en 2009 pour promouvoir la médiation judiciaire, adopté en 2018. La médiation entre désormais dans les structures juridiques et institutionnelles.

Quels impacts anticipez-vous pour les bénéficiaires et pour les étudiants impliqués ?

Pour les membres du Dispensaire, qui sont des étudiants en droit, c’est une initiation concrète aux modes alternatifs de résolution des conflits. Ils peuvent observer en pratique comment se déroule un processus de médiation et comprendre le rôle de l’avocat qui accompagne les parties, pas uniquement au contentieux, mais aussi dans une démarche amiable.

Pour les bénéficiaires, la médiation est un processus très humain. Aller vers l’amiable permet de restaurer un lien, de renouer une communication saine et de s’approprier son litige pour trouver des solutions satisfaisantes pour tous. Contrairement aux tribunaux où il y a un gagnant et un perdant, la médiation cherche des solutions gagnant-gagnant.

C’est aussi un processus informel, rapide, confidentiel et, dans ce projet, entièrement gratuit, contrairement à une procédure judiciaire souvent longue et coûteuse.

 



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