Le Dispensaire juridique, créé en 2011 à la Faculté de droit de l’USJ, reflète l’engagement citoyen de la faculté en faveur de l’accès au droit et à la justice. Depuis 2023, dans le cadre d’un projet piloté par le ministère de la Justice au Liban, financé par l’Union Européenne, et en partenariat avec le PNUD, le HCR, et les Barreaux de Beyrouth et de Tripoli, les services juridiques offerts par le Dispensaire ont été renforcés.
Une cérémonie de remise des attestations aux étudiants ayant participé aux activités du Dispensaire juridique a été organisée le 5 décembre 2025, pour honorer le travail et le dévouement des étudiants et de l’équipe du Dispensaire, et remercier les partenaires qui soutiennent depuis 2023 cette initiative.
La cérémonie a réuni – aux côtés des professeurs Salim Daccache s.j., recteur de l’USJ et Marie-Claude Najm, doyen de la Faculté de droit et ancienne ministre de la Justice, de Madame Youmna Makhlouf, directrice du Dispensaire – Monsieur Adel Nassar, ministre de la Justice, Madame Sandra De Waele, Ambassadrice de l’Union européenne au Liban, et Madame Blerta Aliko, représentante résidente du PNUD au Liban. Les membres du Groupe de Travail pour l’accès à la justice étaient aussi présents, dont Me. Raymond Khattar, représentant du Barreau de Tripoli, Me. Elizabeth Sioufi, représentante du Barreau de Beyrouth, et M. Richard Akiki, représentant du HCR.
Ayant lui-même arpenté, étudiant, les salles et couloirs de la Faculté de droit, Monsieur Adel Nassar, ministre de la Justice salue « une initiative remarquable, qui a porté ses fruits, et que nous devons à une université dont la fondation a précédé la création du Grand Liban ». Il souligne que « la faculté de droit de l’USJ a, depuis longtemps, compris que sa mission dépasse largement l’enseignement. Pourtant l’enseignement est essentiel, mais elle le dépasse pour s’inscrire dans une action en soutien de la collectivité ». Il ajoute que « sous la direction de Mme le doyen, qui s’engage en permanence au service de l’intérêt général, la faculté a confirmé son souci du bien commun et a assuré, à travers le dispensaire, une véritable œuvre sociale ». Le ministre Nassar rappelle que « la remise d’attestations aux étudiants est un acte de consécration [de leurs] efforts altruistes … C’est aussi un message d’encouragement : que [leur] engagement, pour les autres, produise un effet d’émulation ». Il exprime enfin sa gratitude envers tous ceux qui se sont donnés la main - Barreau, HCR, UE, PNUD, Faculté - pour assurer l’accès au droit à travers différents modèles dont celui du dispensaire universitaire qui est salué aujourd’hui.
Madame Sandra de Waele, Ambassadrice de l’Union européenne au Liban, souligne que « l’aide juridique est un droit, non un privilège ». Elle revient ensuite sur l’engagement de l’Union européenne dans ce contexte : « Depuis le début de la crise financière au Liban, l’accès à la justice est devenu difficile pour beaucoup. En réponse, l’Union européenne est intervenue pour soutenir une clinique d’aide juridique, s’inscrivant dans notre engagement plus large en faveur de l’idée que l’aide juridique est un droit, et non un privilège. Alors que nous veillons à ce que l’aide juridique soit disponible afin que la justice puisse être rendue, nous aidons également activement le gouvernement libanais dans les réformes judiciaires. Nous adressons nos félicitations et notre gratitude aux étudiants en droit de l’USJ pour avoir consacré leur temps et leurs efforts à la réussite de la clinique d’aide juridique ».
De son côté, Madame Blerta Aliko, représentante résidente du PNUD au Liban, rappelle qu’« au-delà de la qualité des services fournis, le dispensaire joue un rôle fondamental dans la promotion d’une culture juridique fondée sur les droits humains et la défense des plus démunis ». Elle rend hommage aux efforts du Groupe de travail sur l’accès à la justice, et salue sa vision vers l’élaboration d’un système national d’aide juridique inclusive qui « reconnaît l’importance d’aller au-delà de la simple représentation devant les tribunaux, pour mettre l’accent sur la sensibilisation, l’information juridique et les modes alternatifs de résolution des conflits ».
Le Recteur Salim Daccache, qui a accompagné le Dispensaire depuis sa fondation, prend également la parole : « Il arrive parfois, dans la vie d’une université, que de petits espaces deviennent de grands lieux. Le Dispensaire juridique fait partie de ces lieux rares : un lieu où l’on voit des étudiants, encore en apprentissage, accueillir des personnes qui portent sur leurs épaules le poids de l’injustice, de l’ignorance de leurs droits, ou de la solitude face aux institutions. Quand on ouvre la porte du Dispensaire juridique, on n’entre pas simplement dans une salle de consultation, on entre dans un microcosme de la société : parfois blessée, parfois confuse, mais toujours en quête de dignité ». Et d’ajouter : « C’est cela que nous célébrons aujourd’hui : non pas la remise d’un document, mais la réussite d’un acte profondément humain ».
Le recteur s’adresse ensuite aux partenaires institutionnels, l’Union européenne et le PNUD, « dont le soutien constant témoigne d’une vision humaniste, celle où l’accès au droit constitue un pilier essentiel de la citoyenneté », ainsi que le ministère de la Justice, relevant que la présence du ministre Adel Nassar « souligne l’importance du partenariat entre institutions publiques, société civile et les lieux académiques - et surtout notre université : la Faculté de droit », et les barreaux de Beyrouth et de Tripoli.
Revenant sur la genèse du Dispensaire juridique, inauguré officiellement le 10 mai 2012, le Doyen Marie-Claude Najm rappelle qu’au lendemain de la guerre de 2006, dans le cadre de l’Opération 7ème jour, « la Faculté de droit était invitée à participer, par des actions de solidarité, à l’engagement citoyen de l’université ». L’idée d’un dispensaire juridique « s’est donc naturellement imposée, dans un pays où le citoyen démuni et profane est souvent livré à lui-même ». Le choix du mot, indique-t-elle, n’était pas fortuit : « Les dispensaires concernent la chose médicale : on y va pour se faire soigner gratuitement. C’est précisément à celles et ceux qui fréquentent les dispensaires médicaux que le Dispensaire juridique tend la main, sans distinction de nationalité, de confession, ou de race ».
« Orchestré par les étudiants, sous la supervision d’enseignants-avocats », le Dispensaire juridique est inspiré des legal aid clinics nées outre-Atlantique et repose sur un modèle pédagogique d’apprentissage par la pratique. Mettant les étudiants « au contact du droit réel », il leur permet de « mettre en application leur savoir juridique au service des personnes vulnérables ou marginalisées » : recherches sur des questions de procédure ou de fond ; élaboration de guides pratiques ; visites sur le terrain ; séances de sensibilisation hors les murs… Les étudiants, que le doyen qualifie ainsi d’“internes du droit”, sont de même formés « à l’entretien, à la constitution d’un dossier, aux règles d’éthique et notamment au respect du secret ». Le doyen Najm a tenu à saluer l’engagement des étudiants : « Vous êtes la cheville ouvrière du Dispensaire. Vous êtes aussi la raison d’être de notre mission ». Elle a également remercié toute l’équipe du Dispensaire et salué en particulier l’énergie de sa directrice, Mme Youmna Makhlouf, maître de conférences à la faculté et avocate au barreau de Beyrouth.
Le doyen Najm revient enfin sur les efforts d’institutionnalisation et de pérennisation du dispensaire juridique. Depuis 2023, « la faculté a intégré la participation au Dispensaire juridique au cursus de la Licence en droit, en tant que matière optionnelle et créditée ». Grâce au soutien des partenaires institutionnels, l’activité du Dispensaire a connu un développement significatif : entre mars 2023 et octobre 2025, 139 étudiants ont participé à ses activités, 264 personnes ont bénéficié de ses services et 2460 personnes ont pris part aux séances de sensibilisation organisées notamment dans les écoles et les municipalités.
Sarah Chabab, une étudiante active au Dispensaire juridique, a ensuite spontanément pris la parole pour témoigner sa gratitude pour le soutien et l’accompagnement reçus de la part des enseignants-avocats.
Après la remise des attestations et la photo souvenir, les participants ont visité les locaux du Dispensaire juridique pour échanger avec Madame Youmna Makhlouf, directrice du Dispensaire, qui a donné un éclairage concret sur le travail quotidien de l’équipe, les défis et les difficultés. Mme Makhlouf a été chaleureusement remerciée pour son engagement, son énergie et sa rigueur. La visite a également permis des échanges avec plusieurs étudiants actuellement investis dans les activités du Dispensaire.