Noël à l’USJ : entre mémoire, gratitude et passage du flambeau

Lundi 22 décembre 2025


 

La communauté de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ) s’est réunie Le 22 décembre 2025 à l’amphithéâtre Pierre Y. AbouKhater, sur le Campus des sciences humaines de la rue de Damas, pour célébrer la liturgie sainte de la Nativité. Responsables académiques et administratifs, enseignants, personnel des services généraux, membres du Haut Conseil de l’USJ, collègues et amis étaient rassemblés dans un même esprit de recueillement, à l’approche de Noël et à l’orée d’un moment charnière dans la vie de l’institution.

Cette célébration venait clore une année dense, marquée notamment par la fin des festivités du 150ᵉ anniversaire de l’Université, conclues quelques jours plus tôt par l’oratorio Au cœur de notre terre. Un temps fort, porteur de mémoire, de fidélité et d’espérance.

Noël, non comme souvenir, mais comme réalité vivante

Dès l’ouverture de son homélie, le Pr Salim Daccache s.j., Recteur sortant de l’USJ, a rappelé avec force que la communauté universitaire ne se réunissait pas pour un simple rite liturgique, mais pour vivre un événement profondément engageant. Il a insisté sur le fait que Noël devait être accueilli « non pas comme un souvenir que l’on évoque de loin, mais comme une réalité vivante », capable de se renouveler « au plus profond de nos vies et au cœur même de notre institution ».

Pour le Pr Daccache, la Nativité ne relève ni de la nostalgie ni de la répétition symbolique. Elle est l’accueil d’une présence actuelle : celle d’un Dieu qui choisit la proximité, qui entre dans l’histoire humaine et partage sa fragilité. Noël devient ainsi une expérience spirituelle fondatrice, et non une tradition figée ou saisonnière.

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière »

En s’appuyant sur la parole du prophète Isaïe, le Pr Daccache a proposé une lecture lucide de la réalité contemporaine. Cette parole biblique, a-t-il expliqué, ne nie pas la nuit, mais affirme avec force que « l’obscurité n’a pas le dernier mot ».

Il a fait écho à l’expérience collective d’un Liban blessé par des crises successives, d’une université « confrontée à de lourds défis », et d’existences « personnelles et professionnelles parfois épuisées par les questions et par la fatigue ». « Cette expérience de la marche dans l’obscurité, nous la connaissons tous », a-t-il affirmé, tout en soulignant que la communauté continue d’avancer.

La force spirituelle, socle invisible de la mission universitaire

Si l’USJ tient debout, a rappelé Daccache, ce n’est pas uniquement grâce aux compétences humaines ou à l’organisation institutionnelle. C’est parce qu’elle est portée par une force plus profonde, que l’Évangile nomme la foi.

Cette foi, a-t-il précisé, n’est ni un optimisme naïf ni une fuite hors du réel. Elle est la conviction intime que « Dieu marche avec nous », qu’Il « travaille en nous et à travers nous, même quand nous ne comprenons pas tout ». Dans la spiritualité ignatienne, ajoute-t-il, « nous apprenons à chercher Dieu en toutes choses et à discerner son action dans le réel, tel qu’il est, et non tel que nous voudrions qu’il soit ».

L’Université, une communauté avant d’être une structure

Le Pr Daccache a rappelé que l’USJ ne vit pas d’abord par ses règlements, ses classements ou ses performances, mais par l’engagement quotidien des femmes et des hommes qui la servent. Lorsque la force spirituelle s’affaiblit, a-t-il souligné, le sens se fragilise et le travail devient pesant. À l’inverse, lorsqu’elle est nourrie par la prière et le discernement, même les épreuves peuvent devenir des chemins de croissance.

En méditant l’Évangile de Noël, le Recteur sortant a insisté sur le fait que Dieu n’agit jamais seul. Il choisit la relation, la communion et la confiance partagée. « La mission ne se porte pas seul. Elle se porte ensemble », a-t-il déclaré, rappelant que le travail en commun n’est pas un simple mode d’organisation, mais une véritable vocation.

Dans un moment empreint de gratitude, le Pr Daccache a rendu un hommage appuyé aux équipes des services généraux, dont l’engagement quotidien, fidèle et souvent invisible, constitue « une véritable parabole de l’Évangile ». Il a comparé leur travail à la veille silencieuse des bergers dans la nuit, essentielle à la vie de la communauté.

Il a également salué les responsables académiques et administratifs, appelés à conjuguer exigence institutionnelle, discernement et respect de la dignité humaine.

Le Recteur sortant a rappelé que la communauté universitaire se construit par des choix inspirés par l’enseignement du Christ : « un amour sans condition », la solidarité envers les plus éprouvés, la confiance mutuelle et le soutien réciproque « qui transforme le lieu de travail en espace de fraternité ». Il a souligné que le Magis ignatien invite chacun à chercher « ce qui sert davantage » la personne humaine, la mission et la gloire de Dieu.

Accueillir dans la foi et l’unité le renouveau de la mission de l’USJ

Dans son homélie, le Pr Daccache a souligné que cette célébration revêtait une signification particulière à l’approche de l’accueil du nouveau Recteur de l’USJ, le Pr François Boëdec s.j. Il a expliqué que cette étape constituait « un temps de discernement, à la fois spirituel et institutionnel », inscrit à la fois dans la continuité et dans le renouveau ; il a également appelé à porter ensemble la mission de l’université.

À la lumière de la Nativité, il a rappelé que « toute autorité est service, que toute responsabilité est une mission confiée, et que toute vocation se vit dans la communion ». Accueillir le Pr Boëdec, a-t-il précisé, traduit la volonté de la communauté universitaire de cheminer ensemble « dans un esprit d’unité, de confiance et de coresponsabilité », dans la fidélité à la spiritualité jésuite et à la mission de l’USJ au service du Liban et de la société.

S’appuyant sur l’annonce de l’ange aux bergers — « Je vous annonce une grande joie qui sera pour tout le peuple » — il a insisté sur une joie qui ne relève pas de l’émotion passagère, mais qui est « enracinée dans l’espérance », une espérance vécue comme une action et nourrie par la certitude que Dieu demeure présent « au cœur même de la nuit ».

Il a enfin invité la communauté à demander la grâce de rester intérieurement forte, unie dans le travail collectif et fidèle aux valeurs de l’Évangile qui donnent sens à la mission universitaire. Il a formulé le souhait que l’USJ continue d’être « un lieu de lumière, un lieu de service et un lieu d’espérance », pour le bien de la personne humaine et pour la plus grande gloire de Dieu, concluant par une bénédiction adressée à la communauté universitaire et à ses familles.

Gratitude, mémoire et passage du flambeau

Prenant la parole, le Pr François Boëdec s.j., Recteur de l’USJ, s’est adressé au Pr Daccache dans un ton à la fois fraternel, reconnaissant et profondément spirituel. Il a rappelé que cette célébration s’inscrivait dans la continuité des 150 ans de l’Université et dans la proximité de Noël : « cette bonne nouvelle de ce Dieu qui vient pour nous, dans notre histoire, pour renouveler notre confiance, éclairer d’une lumière nouvelle nos existences et nos projets, et se réjouir de savoir l’Emmanuel vivre notre aventure humaine, et nous accompagner dans notre mission universitaire. »

Évoquant l’étape personnelle que s’apprête à vivre le Pr Daccache, il a souligné le poids symbolique du passage du flambeau et l’importance de ce moment pour l’USJ. Sans dresser un bilan exhaustif, il a exprimé, au nom de toute la grande famille de l’Université, une reconnaissance profonde pour ces treize années de rectorat.

Il a rappelé que le Pr Daccache avait incarné l’esprit même de l’USJ : un esprit de « résistance, d’indépendance et de service de tous pour le Liban ». Face aux crises majeures — sanitaires, économiques, sécuritaires —, il a salué un homme « courageux, homme de décision », attentif à ce que « personne ne soit laissé sur le bord de la route. »

Le Pr Boëdec a également mis en lumière la vision portée durant ces années : la création et le développement de nombreuses structures académiques, la modernisation de l’Hôtel-Dieu de France, le lancement du réseau hospitalier, la promotion de l’Université et du Liban, « défendre le projet d’un lieu d’excellence, de citoyenneté et de dialogue, trilingue, libre et indépendant », l’ouverture internationale, les accréditations et la stabilisation financière par une politique active de levée de fonds. Autant de choix qui témoignent, selon lui, d’un Recteur « visionnaire et non simplement gestionnaire ». Un « véritable universitaire, homme d’intelligence, de très grande culture, de recherche, de transmission, parfait connaisseur de la francophonie, de la langue et de la culture arabe, spécialiste reconnu à l’international de l’éducation, de l’islam et du christianisme oriental. »

Un hommage appuyé au Recteur et à l’homme au service de l’Université

Dans son hommage au Pr Daccache, le Pr Boëdec a distingué à la fois le Recteur et l’homme. Il a salué le dirigeant qui a conduit l’USJ « dans des mers parfois chahutées », exerçant une autorité reconnue non seulement au sein de l’USJ, mais également au Liban et à l’international, notamment à travers la présidence de l’Association des universités du Liban et sa participation aux conseils de grands réseaux interuniversitaires tels que l’Association internationale des universités et l’Agence universitaire de la Francophonie.

Il a également évoqué l’homme, décrit comme discret et sensible, animé par « un sens de l’écoute », une curiosité constante et une attention soutenue aux évolutions académiques, technologiques et sociétales. Derrière une apparente réserve, il demeurait, a-t-il souligné, toujours pleinement présent, intervenant avec justesse et humour, fort d’ « une connaissance impressionnante des dossiers ». Cette implication traduisait une relation intime avec l’Université, qu’il a servie sans compter « ni son temps, ni son énergie, ni sa santé », développant au fil des années une connaissance « presque charnelle » de l’USJ.

L’hommage a également rappelé des traits plus personnels, évoquant son attachement à la musique, à la photographie, aux voyages, ainsi que sa tendresse bien connue pour les chats du Rectorat, autant de signes d’une humanité profonde.

Enfin, le Pr Boëdec a souligné que, même en quittant ses fonctions, le Pr Daccache ne cessera pas de servir l’Université, qui « lui doit beaucoup » et aura encore besoin de son engagement. Il a rappelé la place centrale qu’occupait, dans son action, la figure de saint Joseph, « homme silencieux et discret, mais fidèle et attentionné, entièrement donné au service du projet de Dieu ». En signe de reconnaissance, un médaillon représentant le saint patron de l’USJ a été offert au Recteur sortant, dans un esprit de gratitude et d’affection partagées, avec le souhait qu’il continue désormais à veiller sur lui.

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Par Roger Haddad



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