Création mondiale à Beyrouth : « Au cœur de notre terre », l’oratorio de Lucas Sakr pour les 150 ans de l’USJ

Une fresque musicale ample et lumineuse, portée par chœur, solistes et orchestre, sous la direction de Yasmina Sabbah.
Lundi 22 décembre 2025 

Organisateur(s)


L'OLJ / Par Zeina Saleh KAYALI, le 22 décembre 2025 

Au cœur de notre terre est un oratorio pour chœur, solistes et orchestre, commandé au compositeur Lucas Sakr à l’occasion des 150 ans de l’Université Saint-Joseph (USJ, et que l’on pouvait entendre en création mondiale en l’église Saint-Joseph des pères jésuites, comme à son habitude bondée et brillant de tous ses feux.

Haute en couleur et porteuse d’espoir en ces temps chaotiques qui secouent notre monde, l’œuvre se présente en cinq parties : l’ouverture, la fondation, les valeurs, les défis et l’héritage. À la tête d’un orchestre symphonique de l’USJ attentif, précis et coloré, aux cordes soyeuses et aux vents tour à tour tranchants et sensibles, Yasmina Sabbah en livre une lecture conférant à la musique une dimension onirique et une grande intensité. Le langage musical de Lucas Sakr, sans frontières dans le temps et l’espace, offre une extraordinaire palette de diversité, oscillant entre musiques orientale et occidentale, jazz et mélodies maronites, le tout entrelacé avec une finesse qui n’exclut pas de grands moments de scintillant panache. Certains passages, notamment des solos du premier violon Mario Rahi, sont à tirer des larmes. Par moments, l’on peut entendre des fugues, aussi bien à l’orchestre qu’au chœur, menées avec une extraordinaire clarté et précision par Yasmina Sabbah qui, sans faille, est aux côtés de chacun des musiciens.

Le livret, écrit par un collectif d’auteurs en français, en arabe et en anglais, avec quelques incursions du latin et du grec, exalte l’université, raconte sa fondation et ses valeurs, alternant entre textes profanes et sacrés, tour à tour portés par le chœur, au sommet de sa forme vocale et d’une cohésion parfaite sous l’infaillible baguette de sa cheffe, ainsi que par trois solistes lui donnant la réplique : la soprano Fanny Utiger, dont l’émouvant vibrato donne une nouvelle dimension à l’œuvre ; le baryton Simon Ruffieux qui, par ses récitatifs clairs et bien articulés, fait avancer le propos ; et le baryton Gilbert Rahbani qui, d’une belle voix naturellement placée, apporte l’indispensable touche libanaise à l’ensemble.

La musique est entrecoupée de passages récités par Hatem Sidani, constituant le fil conducteur entre les différentes parties de l’œuvre, qui célèbre non seulement les 150 ans de l’USJ, mais aussi les dix ans de son chœur fondé par Yasmina Sabbah, dont « l’énergie farouche et la détermination ont fait de cet ensemble l’un des meilleurs de la région », comme le rappelle le père François Boëdec dans son allocution de bienvenue.

Pour le public, cette œuvre fut une belle découverte, les couleurs de l’orchestre et du chœur apportant une dimension spirituelle et chaleureuse à des pages musicales multiples, bénéficiant d’une direction précise et soutenue.



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