La 19ᵉ édition du Concours Joseph Zaarour pour la meilleure traduction a réuni cette année plus de 200 élèves venus de tout le Liban, confirmant l’intérêt constant des jeunes pour les langues et pour un métier souvent annoncé à tort comme en déclin. Organisé conjointement par la Faculté de langues et de traduction (FDLT) et l’École de traducteurs et d’interprètes de Beyrouth (ETIB), le concours s’est tenu simultanément sur les quatre campus de l’Université Saint-Joseph à Beyrouth, Zahlé, Saïda et Tripoli.
Des élèves de Première et de Terminale ont été confrontés à un exercice aussi exigeant que révélateur. Trois textes leur étaient proposés – en français, en anglais et en arabe – et chacun devait en choisir un à traduire vers la langue de son choix. Cette année, l’enthousiasme de certains participants s’est manifesté de manière particulièrement marquante : portés par leur curiosité et leur engagement, quelques élèves ont choisi de traduire deux textes, allant spontanément au-delà des attentes.
Pour plusieurs participants, ce concours dépassait largement le cadre d’une simple épreuve scolaire. Il représentait une première immersion dans l’univers de la traduction. Les copies se remplissaient dans un silence attentif, rythmé par les hésitations, les reprises et la recherche du mot juste.
Certains élèves ont ainsi exprimé leur intérêt pour des études universitaires en traduction, conscients à la fois des exigences du métier et de la richesse intellectuelle qu’il offre. Leur regard sur la profession témoigne d’une réelle maturité, notamment lorsqu’il s’agit d’aborder la question de l’intelligence artificielle.
Interrogés sur l’avenir de la traduction à l’heure de l’essor des outils numériques, les élèves ont exprimé une vision d’une étonnante justesse. Loin de percevoir l’IA comme une menace, ils estiment qu’elle ne marque pas la fin du métier, mais en redéfinit les méthodes de travail. « Il ne s’agit pas de lutter contre ces technologies, mais d’apprendre à avancer main dans la main avec elles », explique une élève de Terminale, soulignant que l’essentiel demeure dans ce que la machine ne saura jamais reproduire.
Un peu plus d’un mois après le concours, les douze lauréats – premiers et deuxièmes classés parmi les participants de chaque campus – se sont réunis à Beyrouth pour recevoir leurs prix lors de la cérémonie « Les grandes retrouvailles de l’ETIB ».
À travers le thème Être ou ne pas être traducteur, l’édition de cette année a invité les élèves à réfléchir à l’avenir du métier. Par leur engagement et leur manière d’aborder les textes, ils ont apporté, chacun à leur façon, une réponse claire à cette question. Ils ont surtout montré qu’aucune technologie ne peut remplacer l’intelligence, la sensibilité et la créativité humaines, qui donnent au métier de la traduction toute sa profondeur et sa valeur.
Michelle Abou Chaar et Nathalie Ali
M3-Traducteurs Rédacteurs