OLJ / Par Lamia SFEIR DAROUNI, le 26 février 2026
Comprendre et analyser les enjeux politiques et techniques de la gouvernance de la sécurité publique et privée : tel est l’objectif du nouveau master conjoint Erasmus Mundus Janus, qui sera lancé en septembre 2026.
Sélectionné parmi les 37 projets financés par la Commission européenne sur 195 candidatures, ce nouveau master porté par le Département d’Histoire-Relations internationales de la Faculté des lettres et des sciences humaines Ramez G. Chagoury de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ) s’adresse à « tous ceux qui rêvent d’une carrière internationale dans les domaines de la sécurité, de la défense et des relations stratégiques », explique le chef du Département, Christian Taoutel. Baptisé Janus (Joint Master in Applied Security and Defence – Networks for Unified Strategies), ce master collaboratif réunissant plusieurs universités prestigieuses est un programme labellisé Erasmus Mundus. Il aura pour objectif de former en deux ans des spécialistes des enjeux de sécurité intérieure, de défense nationale et de relations internationales. « Ce master, qui est le fruit de quatre longues années de travail collectif, est conçu et dispensé conjointement avec quatre prestigieuses universités européennes : l’Université Jean Moulin Lyon 3 en France, l’Université d’Essex en Angleterre, l’Université de Grenade en Espagne, l’Université de Bucarest en Roumanie, et l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, qui est le cinquième partenaire », explique Christian Taoutel. « Il est exceptionnel et intéressant pour l’USJ, car c’est le seul Erasmus Mundus où le Liban est une étape obligatoire pour tous ces étudiants. Les étudiants de toutes les nationalités devront obligatoirement entamer leur premier semestre en France, à Lyon, à l’Université Jean Moulin, où ils acquerront les fondamentaux structurels de la sécurité et de la défense. Ils poursuivront leur second semestre au Liban à l’USJ, dans le Département d’Histoire-Relations internationales. Au terme de la première année, chaque étudiant choisira le domaine dans lequel il voudrait se spécialiser, selon son profil et ses intérêts, et qu’il entreprendra soit en Espagne, soit en Roumanie, soit en Angleterre. »
Lors de la spécialisation, les cours porteront en particulier sur des questions liées à la protection de l’Europe (terrorisme, enjeux des relations euro-russes, migration illégale, cybersécurité). L’Université d’Essex proposera une spécialisation en cybersécurité avec une approche centrée sur les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, tandis qu’en Roumanie, à l’Université de Bucarest, le programme se concentrera sur une analyse des conflits à haute intensité en lien avec le rôle des politiques nucléaires. La spécialisation à l’Université de Grenade sera davantage dédiée aux enjeux du terrorisme et du crime organisé, abordant par exemple la question du détroit de Gibraltar, une zone qui joue un rôle crucial dans le commerce international et la géopolitique, mais qui est également un point de tension géopolitique avec des rivalités historiques entre les nations qui l’entourent. Au Liban, les cours porteront sur les enjeux stratégiques de la Méditerranée orientale et du Proche-Orient, en s’appuyant à la fois sur une approche historique des conflits qui marquent cette zone géographique, et en revenant sur le rôle des différents acteurs de la sécurité et de la défense. Enfin, le dernier semestre sera consacré soit à la rédaction du mémoire de master, soit à la réalisation d’un stage en vue d’une professionnalisation concrète. L’étudiant pourra se rendre dans le pays de son choix, renforçant ainsi le caractère international de ce programme ambitieux. À l’issue de ces deux années, les étudiants recevront un diplôme de chaque université dans laquelle ils auront étudié. À terme, le consortium aspire à mettre en place un diplôme international conjoint qui favorisera la reconnaissance internationale des compétences acquises.
Des profils internationaux triés sur le volet
« Seuls 30 candidats, sélectionnés sur la base de leur excellence académique, seront acceptés, car c’est un master qui offre une opportunité unique d’apprendre auprès des plus grands spécialistes européens dans les domaines qui traitent de la sécurité, de la défense et des relations internationales, explique encore Christian Taoutel. Ce sont donc des profils qui doivent correspondre à ce master d’excellence et être titulaires d’une licence ou d’un diplôme de master dans les disciplines suivantes : droit, science politique, relations internationales, économie, histoire, études stratégiques, géopolitique, diplomatie, études européennes, criminologie. »
La formation, dispensée en anglais et en français, va leur assurer une formation en science politique et en relations internationales centrée sur les problématiques de la sécurité globale : défense et relations internationales, nouvelles formes de conflictualité, enjeux nucléaires, nouveaux défis et enjeux de sécurité (changement climatique, migrations internationales, etc.). Elle s’appuiera sur les apports de plusieurs domaines universitaires : droit, science politique, criminologie, intelligence économique, cybersécurité, sécurité informatique et management. Différentes approches seront également appréhendées en complémentarité (militaire, policière, judiciaire et managériale) selon les expertises de chaque université.
Des compétences opérationnelles
À l’issue de la formation, les étudiants seront capables de gérer et d’analyser les enjeux contemporains de la sécurité intérieure, de la gestion des risques de sécurité globale et de la défense (stratégie, relations internationales, politiques de défense). Ils disposeront de connaissances opérationnelles en biosécurité et en cybersécurité, et seront également capables d’utiliser les outils de cartographie (systèmes d’information). « Outre la formation professionnelle que les étudiants recevront, ce programme très prestigieux, conçu pour répondre aux besoins croissants du marché du travail, leur permettra de se constituer un réseau professionnel et personnel international important, grâce notamment à leur expérience internationale et à leur mobilité dans les différents pays », précise M. Taoutel.
Cette formation les préparera aux métiers de la fonction publique, de la sécurité, de la défense, du renseignement, de la presse, de l’enseignement et de la recherche. Ils pourront également travailler dans les institutions publiques, les ministères, les collectivités, les organisations internationales, ou encore dans les entreprises de défense chargées de missions de sécurité, ou comme experts en gestion de crise. Aujourd’hui, dans un monde où les questions de sécurité et de défense prennent une importance croissante et où de nouveaux conflits et de nouvelles formes de guerre illustrent une société mondiale en mutation, ce master formera des experts capables de comprendre ces défis complexes, d’adopter une approche transdisciplinaire et de réagir efficacement à la mondialisation de l’insécurité.