Face à un monde en crise, l’USJ réaffirme sa mission d’humanité

Fête patronale 2026 : « Nous devons tenir debout et nous soutenir pour continuer à prendre soin ensemble de cette humanité si précieuse et fragile.»
Jeudi 19 mars 2026


L’Université Saint-Joseph de Beyrouth a célébré, le 19 mars 2026, sa fête patronale à l’église Saint-Joseph des Pères jésuites à Monnot, en présence de nombreuses personnalités politiques, diplomatiques et académiques, ainsi que de membres de sa communauté universitaire.

La cérémonie s’est ouverte par une messe présidée par le R.P. Michael Zammit Mangion, s.j., Supérieur provincial de la Province du Proche-Orient et du Maghreb de la Compagnie de Jésus, avant de laisser place à l’allocution du Recteur, le Pr François Boëdec, s.j., intitulée « L’Université face aux risques d’un monde qui se déshumanise ».

Dans un contexte national et international particulièrement difficile, le Recteur a d’abord évoqué les épreuves que traverse le Liban, soulignant l’engagement de l’USJ à rester aux côtés de sa communauté, tout en appelant à dépasser la seule réponse à l’urgence pour inscrire son action dans une vision plus profonde et durable.

S’inscrivant dans la tradition des discours de la fête patronale, il a rappelé que ce moment constitue un espace de réflexion collective, porteur des interrogations et des espérances d’une université, mais aussi d’un pays.

Le cœur de son intervention a porté sur les grandes mutations du monde contemporain : crises climatiques, conflits, bouleversements technologiques, fragilisation des démocraties. Dans ce contexte incertain, il a mis en garde contre un risque majeur : celui d’une déshumanisation progressive, où l’homme serait réduit à sa seule fonction technique ou économique.

Face à ces défis, le Recteur a réaffirmé la responsabilité essentielle de l’Université : former des femmes et des hommes capables de penser, de discerner et d’agir. Au-delà de l’excellence académique, l’USJ est appelée à être un lieu de formation intérieure, où se construit une vision de l’homme et du monde.

Il a ainsi proposé cinq attitudes fondamentales pour guider le projet éducatif de l’Université.

La première est celle de l’enracinement et de l’intériorité : « Former des hommes et des femmes enracinés », capables de résister aux turbulences du monde grâce à des fondements solides. Dans un environnement marqué par la dispersion et l’incertitude, « l’enjeu est d’avoir des racines […] afin de ne pas être […] emportés par tous les courants ».

La deuxième consiste à « ne pas avoir une âme habituée », c’est-à-dire refuser l’indifférence et la passivité. « L’un des risques est de s’habituer à ce qu’il se passe », a-t-il averti, appelant à maintenir « une conscience vive » et un engagement constant pour la vérité et la justice.

La troisième attitude est celle d’ « avoir une vue d’ensemble » : « recevoir un regard large, qui porte loin », capable de dépasser les approches fragmentées et de relier les réalités entre elles dans une compréhension plus profonde.

La quatrième insiste sur l’importance de l’écoute et du dialogue : « Savoir écouter et parler ». « Écouter n’est jamais signe de faiblesse », a-t-il affirmé, soulignant que le respect de l’autre et la capacité à dialoguer sont essentiels pour construire une société apaisée et démocratique.

Enfin, la cinquième attitude met en avant le « souci de l’autre […]. Les compétences acquises ne doivent pas uniquement être gardées pour son avantage personnel ». L’Université doit former « des hommes et des femmes pour les autres », engagés au service de la société.

Rendant hommage à l’histoire de l’USJ, le Pr Boëdec a rappelé le sacrifice de figures marquantes, notamment le père Alban de Jerphanion, assassiné en 1976, symbole d’un engagement au service du Liban. « Il s’agit pour nous tous de continuer », a-t-il déclaré, appelant à poursuivre cette mission avec détermination.

En conclusion, le Pr Boëdec a lancé un appel à l’espérance et à la responsabilité collective : « Nous devons tenir debout et nous soutenir pour continuer à prendre soin ensemble de cette humanité si précieuse et fragile ». Il a réaffirmé que c’est à cette condition que l’USJ « remplira complètement sa mission » et continuera à se distinguer comme une institution au service de l’homme et de la société.

Consultez l'album photos
Lire aussi : The University in the Face of the Risks of a Dehumanizing World

بوادك: التحدّي اليوم هو منع العالم من أن يصبح مجرّدًا من إنسانيّته

 



PARTAGER :