Rayane Halawani : 90 livres par an pour s’ancrer et comprendre le monde

Jeudi 30 avril 2026


À contre-courant des jeunes de sa génération, cette étudiante en 3e année de traduction à l’USJ nourrit sa passion en s’accrochant à sa routine de lecture quotidienne qu’elle tient à maintenir malgré la situation chaotique du pays.

OLJ / Par C.E., le 30 avril 2026

En 2025, Rayane Halawani s’était fixé comme but de lire plus de 50 livres. Elle en a lu 90. Sa clé : s’organiser et viser de petits objectifs atteignables, étalés tout au long de l’année. Ce défi de lire autant d’ouvrages, elle se l’est aussi posé cette année, motivée par les

bookstagrameurs et bookstagrameuses, ces passionnés de livres dont elle suit les comptes sur Instagram. « De nos jours, lire sur son écran est plus facile grâce à des applications telles que Kindle, Kobo ou Google Play Livres. Plutôt que de consulter les réseaux sociaux, on peut lire un livre téléchargé », indique-t-elle.

Qu’il s’agisse d’un livre papier ou numérique, cette étudiante de 20 ans veille à avoir toujours entre les mains de quoi se laisser emporter vers un autre univers. Une évasion qui lui a été salvatrice pendant la guerre. « Je me dis que garder son équilibre, malgré la réalité, nécessite une routine. Et ma routine, la lecture, devient mon ancre dans la mer d’incertitude dans laquelle nous vivons maintenant. »

Pour ne pas tomber dans le piège des réseaux sociaux, en particulier durant les phases difficiles où l’on est le plus tenté de consulter son téléphone, elle veille à garder son portable loin d’elle, notamment le soir. « Je me mets généralement dans mon lit, je prends mon livre et je me dis que je vais essayer de déstresser, de me changer les idées, puisque pour moi, c’est ça en fait la lecture. Je peux lire une œuvre réaliste ou fantastique, de la littérature de l’imaginaire ou des mangas. Tous les moyens sont permis. »

Car pour Rayane Halawani, la lecture est surtout un plaisir qui passe avant toute autre chose. Et lorsqu’elle a envie de consulter son téléphone, elle n’ouvre qu’un seul réseau social et ne s’intéresse qu’à certains types de contenus. « Je ne scrolle pas vraiment, puisque mes réseaux sociaux sont généralement composés de contenus culturels, ludiques, loin de ce qu’on pourrait qualifier de brain rot. » Afin de garder le contrôle et éviter de s’y attarder, elle chronomètre son temps d’écran. « Même lorsqu’on est en plein été et que je n’ai pas cours, je ne passe pas plus de deux heures sur les réseaux sociaux, et généralement ces deux heures sont entrecoupées. » Elle établit ainsi une sorte de discipline. « C’est le premier pas qui est toujours le plus difficile. Et donc une fois qu’on s’y met, on continue facilement. Et pour cela les applications de lecture, notamment Fable, nous aident beaucoup », assure-t-elle, évoquant le système d’alerte qui rappelle aux utilisateurs de lire. « C’est le meilleur moyen de s’encourager à lire. Lorsqu’on lit une page par jour, au bout d’un an, on aura lu 365 pages. »

La lecture, un pont vers l’autre

Sa passion de la lecture, Rayane Halawani l’a vue germer dès son enfance, lorsque ses parents lui en ont insufflé le goût, ou aussi au fil de ses visites hebdomadaires à la librairie avec son père qui l’y emmenait pour acheter des magazines pour enfants. Membre cette année du jury du prix littéraire Choix Goncourt de l’Orient, elle avoue avoir « découvert de nombreuses surprises », à l’instar de La nuit au cœur de Nathacha Appanah (éditions Gallimard), Kolkhoze d’Emmanuel Carrère (éditions POL)et surtout son préféré, La collision de Paul Gasnier (éditions Gallimard). Alors que la lecture perd du terrain, cette étudiante aime se laisser surprendre par des ouvrages de la littérature blanche, lorsqu’elle se rend à une bibliothèque ou une librairie. « Je n’ai pas l’impression d’être en décalage avec le reste du monde. Au contraire, la lecture m’aide à approfondir mes connaissances et à mieux comprendre les êtres humains. Donc je suis peut-être en mesure de saisir plus rapidement les émotions des autres et de comprendre un peu ce qu’ils sont en train de traverser, ou encore comment une personne est amenée à commettre un certain acte, qu’il soit bon ou mauvais, à cause des circonstances qu’elle a vécues », assure Rayane Halawani. Cette étudiante de l’école de traducteurs et d’interprètes de Beyrouth (ETIB) à l’Université Saint-Joseph (USJ) ajoute que sa passion de la lecture contribue à développer sa culture générale, « un atout » dans le domaine de la traduction, de même qu’elle améliore son « intelligence émotionnelle », son « sens de l’empathie » et son « esprit critique ». « La lecture me permet de voir plus loin, de penser en dehors de la zone habituelle, en plus, bien entendu, de ses bienfaits sur ma santé mentale », assure-t-elle. 

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