Ancien élève de l’École normale supérieure de Lyon, agrégé et docteur en philosophie, Paul Colrat est chargé de cours de philosophie antique au département. Il consacre ses recherches aux fondements de la pensée politique et aux figures de la cité philosophique et est l’auteur de plusieurs ouvrages : L’invention de la philosophie politique. La cité-philosophe dans les Politiques d’Aristote (Kimé, 2022), Platon, sauver la cité par la philosophie (Classiques Garnier, 2023), et Le mythe du philosophe-roi (Vrin, à paraître en novembre 2025).
Présentation
Négligée par les études philosophiques, parce qu’on la croit cantonnée au domaine religieux, la question de savoir ce que signifie et comment se sauver est traitée par la philosophie depuis Platon jusqu’à Derrida de manière strictement rationnelle. La philosophie elle-même commence par un désir de se sauver d’un mal, qu’il soit l’erreur, l’errance ou la corruption. Rationnellement, la philosophie peut ainsi penser les formes de la salvation, comme la protection, la fuite, la guérison, mais aussi ses paradoxes, notamment celui selon lequel on ne se sauve qu’à travers une certaine destruction, ce qui nous conduit à dire : « d’autant plus de destitution, d’autant plus de salvation ».
La thèse centrale du livre est celle de la primauté de la salvation sur l’être : avant même de savoir qui on est, qui est l’autre, bref, avant même de définir l’identité d’un être ou de l’être en général, on en cherche une salvation. Avant même de pouvoir définir une chose, il faut déjà en avoir pris soin, l’avoir isolé des autres, donc l’avoir sauvé. De même, on ne pourrait continuer à vivre sans une certaine salvation qui éloigne de nous les dangers et la mort.
Bref, la salvation précède l’existence. Ou plutôt, les salvations précèdent chaque existence.
Dès lors, on veut avec ce livre proposer une nouvelle discipline philosophique, la « sotériologie », définie comme le discours rationnel sur ce que signifie se sauver en général. Nous utilisons les outils de la phénoménologie pour proposer des descriptions sotériologiques de certains phénomènes comme la naissance, la souffrance, le répit ou la respiration. Pour être né il faut déjà s’être extirpé de la matrice maternelle devenue inhospitalière. Souffrir est à la fois subir le contact avec un mal et sentir en soi une certaine résistance. La mort qui vient et qui angoisse nous laisse encore un répit qui nous fait sentir notre écart avec le néant. Chaque souffle relance, de manière immanente, notre vitalité. Or, une fois admise la possibilité d’une sotériologie strictement philosophique, on montre qu’elle peut concurrencer l’ontologie au statut de philosophie première, en traitant une question antérieure à celle de l’être.
Une telle sotériologie philosophique n’est pas théologique mais elle peut servir aux théologiens soucieux de définir les concepts qu’ils mobilisent.