La Bibliothèque Orientale de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth a reçu, lors d’une cérémonie officielle organisée le lundi 18 mai 2026 au Bureau de l’USJ à Paris, un ensemble exceptionnel de photographies prises au Liban et en Syrie par Arthur Bossler, photographe aérien et observateur au sein du 39e régiment d’aviation et d’observation du Levant entre 1928 et 1932. L’évènement s’est tenu en présence du Recteur de l’Université Saint-Joseph, Pr François Boëdec sj, du Directeur de la Bibliothèque Orientale, Dr Joseph Rustom, de la Directrice de la Fondation USJ, Mme Cynthia-Maria Ghobril Andrea, de la Directrice du Bureau de l’USJ à Paris, Dr Gassia Artin, ainsi que de la famille Bossler, donatrice du fonds.
« C’est avec un immense plaisir, au nom d’Arthur Bossler, que nous vous remettons aujourd’hui ses albums photos, ceux qu’il a rapportés de son cher Liban — un pays qu’il aurait toujours souhaité revoir un jour », a annoncé Yves Bossler, petit-fils du photographe et porte-parole des donateurs. « Après une ellipse temporelle de près d’un siècle, une partie de lui-même, ses souvenirs, retrouvent ce pays ».
Né en Alsace en 1906, Arthur Bossler s’engage très jeune dans l’armée française. Entre 1928 et 1932, il est affecté à Rayak, dans la plaine de la Békaa, où il exerce comme sergent observateur et photographe aérien. Durant cette période, il accompagne plusieurs missions conduites par Antoine Poidebard sj, célèbre jésuite, archéologue, aviateur et photographe, considéré comme l’un des pionniers de l’archéologie aérienne au Proche-Orient.
Grâce aux campagnes photographiques menées avec l’appui de l’aviation française du Levant, Poidebard révolutionne alors les méthodes de recherche archéologique dans la région en révélant depuis le ciel routes antiques, fortifications romaines et sites disparus jusque-là invisibles depuis le sol. Les clichés d’Arthur Bossler témoignent ainsi d’un Liban en pleine transformation, mais aussi d’un regard attentif porté sur les paysages, les sites archéologiques et les populations de l’époque.
Lors de son allocution, le Pr François Boëdec sj, Recteur de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, a souligné la portée historique et humaine de cette donation : « Il est des donations qui enrichissent une collection. Et il en est d’autres qui ravivent une mémoire et redonnent vie à une histoire oubliée. La donation que nous recevons aujourd’hui appartient incontestablement à cette seconde catégorie. » Il a également rappelé que « derrière les grandes missions scientifiques de Poidebard, il y avait des officiers, des photographes et des hommes de terrain sans lesquels ces campagnes n’auraient pas existé », saluant ainsi la contribution essentielle mais longtemps méconnue d’Arthur Bossler.
Mémoire intime, familiale, devenue mémoire partagée, ce nouveau fonds patrimonial vient enrichir les collections de la Bibliothèque Orientale et ouvrir de nouvelles perspectives de recherche sur le Liban et la Syrie sous mandat français, l’histoire de la photographie aérienne et les débuts de l’archéologie aérienne au Proche-Orient. Au-delà de son importance scientifique et patrimoniale, cette donation revêt une dimension symbolique particulière dans le contexte actuel du Liban, et plus particulièrement pour la Békaa, région qui conserve des paysages, des sites archéologiques et des architectures d’une valeur exceptionnelle, mais dont la survivance est fragilisée par les crises et les conflits. « Votre geste est plus qu’une donation patrimoniale : c’est un acte de foi dans le Liban, un acte d’espoir pour l’avenir de sa mémoire et de sa jeunesse », a affirmé le Pr François Boëdec sj. Une déclaration assertie par Monsieur Bossler : « Ces photos, nous n’en doutons pas, intéresseront les futurs étudiants, chercheurs et historiens de l’Université Saint-Joseph ».
La convention signée entre la famille Bossler et la Bibliothèque Orientale, institution qui œuvre depuis plus de 150 ans à la préservation et à la valorisation du patrimoine documentaire du Liban et du Proche-Orient, prévoit la conservation, la numérisation et la mise à disposition de ce nouveau fonds auprès des chercheurs, étudiants et du grand public.