L’exposition « Photographier le patrimoine du Liban 1864-1970 : clichés méconnus de la Bibliothèque Orientale de Beyrouth » inaugurée à Marseille

Jeudi 21 mai 2026

Organisateur(s)

Collaborateur(s)
  • Bibliothèque de l’Alcazar
    Institut du Monde Arabe


La Bibliothèque Orientale de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ), en partenariat avec l’Institut du monde arabe (IMA) et la Bibliothèque de l’Alcazar, a inauguré le jeudi 21 mai 2026 l’exposition Photographier le patrimoine du Liban 1864-1970 : clichés méconnus de la Bibliothèque Orientale de Beyrouth, présentée à la Bibliothèque de l’Alcazar dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.

Le vernissage s’est tenu en présence du Pr François Boëdec sj, recteur de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, de M. Azad Kazandjian, représentant du maire de Marseille et conseiller municipal délégué au patrimoine historique et cultuel, du Dr Joseph Rustom, directeur de la Bibliothèque Orientale, de M. Charlie-Camille Flores, directeur de la Bibliothèque de l’Alcazar, et de Mme Gassia Artin, représentante de la présidente de l’Institut du monde arabe. Étaient également présents M. Ralph Matar, consul général du Liban à Marseille, M. Éric Delpont, ancien directeur du musée de l’IMA, M. Jean-François Roseau, directeur des relations internationales de la Bibliothèque nationale de France, ainsi que Mme Cynthia Maria Ghobril Andrea, directrice de la Fondation USJ.

Après son succès à l’Institut du monde arabe à Paris, où elle a été présentée pendant dix-neuf mois, l’exposition poursuit son itinérance à Marseille. À travers une sélection de photographies réalisées entre 1864 et 1970, elle invite le public à redécouvrir le Liban à travers ses paysages, ses sites archéologiques, ses villes, ses métiers, mais aussi les femmes et les hommes qui ont façonné son histoire. Issues des collections de la Bibliothèque Orientale, ces images constituent un témoignage exceptionnel sur un patrimoine culturel dont certains éléments ont aujourd’hui disparu ou ont été profondément transformés.

Dans son allocution d’ouverture, Charlie-Camille Flores a souligné la portée particulière de cette initiative, qui s’inscrit dans une relation privilégiée entre « bibliothèques jumelles » partageant une même vocation de conservation et de transmission. Au-delà de la présentation d’un patrimoine photographique exceptionnel, il a rappelé que cette exposition s’inscrit dans une réflexion commune sur la protection des biens culturels et la préservation de la mémoire collective. « Il n’est pas seulement donné à voir un ensemble d’œuvres, mais de les inscrire dans une continuité, dans un présent qui ne discontinue pas », a-t-il déclaré, saluant le travail des équipes et des partenaires mobilisés autour de ce projet.

Prenant ensuite la parole, le Pr François Boëdec sj a rappelé que cette exposition est l’aboutissement d’un vaste travail de conservation, de restauration, de numérisation et d’identification mené autour des collections photographiques de la Bibliothèque Orientale. Fondée en 1875, celle-ci conserve l’un des plus importants ensembles documentaires consacrés au Liban et au Proche-Orient.

Le Recteur de l’USJ a mis en lumière le rôle pionnier joué par les jésuites dans l’étude et la documentation du territoire libanais depuis leur retour au Liban au XIXe siècle. Très tôt, la photographie est devenue pour eux un outil scientifique, pédagogique et documentaire permettant de conserver la mémoire des sites archéologiques, des paysages, des monuments et des communautés qu’ils côtoyaient. L’exposition met ainsi en valeur le travail de figures majeures telles que le père Joseph Delore, dont les photographies témoignent de son action éducative dans les villages du Mont-Liban, ou encore le père Antoine Poidebard, pionnier de l’archéologie aérienne au Proche-Orient.

À travers ces clichés, le visiteur découvre un Liban parfois méconnu : un Beyrouth traversé par le train, les ports de la côte levantine en pleine activité, des paysages aujourd’hui transformés ou encore des savoir-faire artisanaux devenus rares. Autant d’images qui révèlent la richesse et la diversité du patrimoine libanais.

Le Pr Boëdec a également rappelé que ces photographies prennent aujourd’hui une résonance particulière dans un pays où le patrimoine est fragilisé par les guerres successives, les crises économiques et les transformations rapides du territoire. Dans ce contexte, les bibliothèques et les institutions patrimoniales jouent un rôle essentiel dans la sauvegarde et la transmission de la mémoire collective. « La culture n’est pas un luxe réservé aux temps paisibles. Elle est une nécessité dans les périodes d’incertitude », a-t-il affirmé.

Cette réflexion a été prolongée par le Dr Joseph Rustom, directeur de la Bibliothèque Orientale, qui a évoqué les défis auxquels sont confrontées les institutions patrimoniales libanaises. Marquée par la guerre civile, l’explosion du port de Beyrouth en 2020 et les conflits récents, la Bibliothèque Orientale porte dans son histoire même l’expérience de la vulnérabilité du patrimoine.

Le Dr Rustom a souligné que la gestion du patrimoine en temps de crise repose sur un travail constant de protection, de documentation et d’adaptation. À travers les échanges menés au sein du réseau Modern Heritage Observatory (MOHO), qui rassemble plusieurs institutions patrimoniales libanaises, se construit une solidarité concrète faite de partage d’expertise, de mise en sécurité des collections et de recherche de solutions communes face aux risques.

Il a également rappelé que les photographies présentées dans l’exposition constituent bien davantage que des archives historiques. Elles documentent des lieux, des paysages, des monuments et des pratiques dont certains sont aujourd’hui menacés ou disparus. Leur conservation et leur diffusion participent à un effort plus large visant à préserver la mémoire culturelle du Liban et à transmettre aux générations futures la connaissance d’un patrimoine exceptionnel.

Clôturant les interventions, Mme Gassia Artin, représentante de la présidente de l’Institut du monde arabe, a rappelé que cette manifestation est le fruit d’un partenariat étroit entre l’IMA et la Bibliothèque Orientale de l’USJ. Elle a souligné que cette sélection de photographies offre une véritable « plongée visuelle et narrative » dans l’histoire du Liban, donnant à voir des scènes de vie quotidienne, des monuments archéologiques, des paysages et des visages qui témoignent de la richesse humaine et culturelle du pays.

Mme Artin a également mis en avant l’enrichissement de l’exposition marseillaise par la présentation de dessins et de gravures conservés dans les collections de l’Alcazar, créant ainsi un dialogue fécond entre deux bibliothèques patrimoniales de part et d’autre de la Méditerranée. Elle a enfin salué le succès rencontré par l’exposition lors de sa présentation à Paris et exprimé le souhait qu’elle suscite à Marseille le même enthousiasme, contribuant ainsi au rayonnement international du patrimoine libanais.

À travers cette exposition, la Bibliothèque Orientale réaffirme sa mission de conservation, de documentation et de transmission du patrimoine. Le projet témoigne également de l’importance des coopérations culturelles internationales pour préserver, étudier et valoriser les héritages communs de la Méditerranée. En réunissant la Bibliothèque Orientale, l’Institut du monde arabe, la Bibliothèque de l’Alcazar et la Ville de Marseille, cette initiative démontre que la sauvegarde du patrimoine et sa diffusion auprès du public constituent des responsabilités partagées, particulièrement essentielles dans les périodes de fragilité et de transformation.

L’exposition Photographier le patrimoine du Liban 1864-1970 : clichés méconnus de la Bibliothèque Orientale de Beyrouth est présentée à la Bibliothèque de l’Alcazar jusqu’au 26 septembre 2026.

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