Ouverture du colloque : une université jésuite au Moyen-Orient, quel rôle, quelle mission?

Un colloque international se tient, les 22 et 23 janvier 2015, au Campus des sciences humaines.
du jeudi 22 au vendredi 23 janvier 2015
De 9h à 17h
Amphithéâtre Pierre Y. abou Khater - Campus des sciences humaines

Organisateur(s)


À l’occasion des 140 ans de l’USJ, un colloque international de deux jours se tient à l’amphithéâtre Aboukhater du Campus des sciences humaines, sur le thème « Une université jésuite au Moyen-Orient : quel rôle, quelle mission ? ». La séance inaugurale a eu lieu le jeudi 22 janvier 2015 en présence du Pr Salim Daaccache s.j., Recteur de l’USJ, du R.P. Dany Younès s.j., Supérieur provincial de la Compagnie de Jésus au Proche-Orient, du Monseigneur Tanios el Khoury représentant le patriarche Béchara Raï, des Recteurs émérites, des vice-recteurs, doyens, directeurs, responsables, professeurs, enseignants et étudiants de l’USJ, des officiels et hommes politiques, des directeurs d’universités libanaises et étrangères et des amis de l’Université. Durant cette séance inaugurale, Pr Salim Daccache s.j., a prononcé un mot de bienvenue, dans lequel il s’est interrogé sur la finalité même du colloque. « Il est vrai que célébrer ce genre d’anniversaire peut comporter des risques de triomphalisme, a-t-il dit, mais ces moments sont nécessaires dans la vie des institutions pour mieux évaluer et mesurer les adéquations entre les intentions et les réalisations, entre le dit et le faire et pour mieux renforcer leur mission. » « Oeuvre commune des jésuites et des Français de Paris puis de Lyon au dernier quart du XIXe siècle, l’USJ a su intégrer dans son être les valeurs de la francophonie et de la culture française, vivre et rayonner leurs meilleurs éléments, a ajouté Pr Daccache. Aujourd’hui, 140 ans après, l’histoire du Liban elle-même peut témoigner du fait que nous l’avons toujours écoutée et que nous avons agi selon ses ambitions et c’est pourquoi elle nous a écoutés. Aujourd’hui pour être témoins de cette histoire avec toutes turbulences, nous avons à continuer à écouter notre histoire et agir pour la consolider. » « Même si ce n’est pas notre mission première, la responsabilité intellectuelle et académique exige de nous d’être des acteurs de transformation sociale et de réflexion politique (...) surtout en ces moments de dégradation, de déchaînement des violences et de décadence des valeurs et de la dignité de l’homme », a enchaîné le Recteur Daccache. Il a ensuite précisé que : « Le Comité de pilotage (...) a voulu en premier lieu que ce colloque soit un moment de réflexion et de retour sur soi sur la mission et le rôle de notre institution jésuite et francophone universitaire au Liban et au Moyen-Orient ; en deuxième lieu, il a souligné que ce colloque devra être un événement où nous pouvons interroger notre identité chrétienne et jésuite ainsi que notre tradition pédagogique en connaissant mieux et davantage les expériences des autres universités jésuites dans le monde ; en troisième lieu, il veut interroger la longue tradition linguistique et culturelle francophone que nous avons choisie, facteur de notre identité ainsi que l’appartenance à notre monde arabe ; de même et en quatrième lieu, nous examinerons au cours de ce colloque la mission d’éducation à la citoyenneté de notre université et examiner l’adéquation entre le discours et la réalité. Nous espérons (...) que chaque étudiant actuel et ancien de cette université pourra se dire non seulement qu’il a bien terminé ses études, mais qu’il se sent fier d’être de l’USJ non seulement par les souvenirs et la nostalgie mais encore par une participation active à la mission actuelle et future de l’université ». Et de conclure : « Toutefois, je dirai que pour les éducateurs que nous sommes, leur consolation est également dans la bonne tenue et la bonne santé de l’institution où ils donnent un sens à leur vie. (...) Il est vrai que l’université est un lieu de passage comme a dit un académicien, mais nous voulons qu’en y passant, on porte en soi dans le présent l’héritage du passé ainsi que les promesses de l’avenir, son propre avenir. » Puis R.P Dany Younès a pris la parole pour parler des fondements spirituels de l’Université Saint-Joseph. Il a expliqué que « si la Compagnie de Jésus a fondé l’Université Saint-Joseph et continue à s’y engager, tout en respectant sa nature propre et l’autonomie de la communauté scientifique qui la dirige, c’est en raison de la connivence transhistorique qui lie l’idée de la Compagnie et l’idée de l’université. Non seulement la Compagnie n’a vu le jour que quand un groupe d’étudiants de l’Université de Paris s’y sont décidés il y a cinq siècles, mais le projet même de l’université incarne un ensemble de valeurs que la Compagnie entend promouvoir dans toutes ses missions. On peut dès lors parler de fondements « spirituels » de l’Université Saint-Joseph qui consistent dans la promotion de la liberté, l’exigence de la vérité et la primauté de la solidarité. » Ensuite, R.P MichaelGaranzini s.j., Président de Loyola University Chicago et Secrétaire de l’éducation supérieure à la Compagnie de Jésus a évoqué les principes de l’éducation jésuite qui sont aujourd’hui nécessaires : « notre tradition dans l’éducation, et surtout notre tradition et réputation pour former des leaders de la société, nous a donné une ligne de route pour savoir où mettre l’effort dans l’avenir. P. Peter Hans Kolvenbach s.j., notre ancien Supérieur général des Jésuites, avait toujours pour soucis que notre succès soit mesuré à ce que sont devenus nos étudiants. P. Adolfo Nicolas s.j., Supérieur général des Jésuites, a le soucis de la réflexion et des études, de prendre en considération les problèmes du jour et de l’appropriation des connaissances acquises dans le passé ; il se soucie du rôle de la créativité et de l’imagination nécessaires pour faire face aux nouveaux et anciens problèmes et dilemmes. Nombreux parmi ceux qui dirigent nos sociétés manquent de compréhension et n’arrivent pas à trouver des solutions créatives. Tout comme les Jésuites apprennent à « trouver Dieu partout », l’étudiant aujourd’hui doit être préparé à « être chez lui partout dans ce monde » ; nous voulons dire par là que le « bien » et le « pas encore parfait » doivent être appréciés pour ce qu’ils sont et acceptés. Et tout comme les Jésuites ont appris « à chercher ce qu’ils désirent », une éducation jésuite doit aider l’étudiant à trouver ce qu’il désire et l’orienter vers le domaine qui l’intéresse et qui est fait pour lui. » Enfin, Pr Joseph Maïla, Directeur de programme, Médiation et Géopolitique à l’ESSEC (France) a ensuite relevé les constantes d’une université jésuite dans le contexte libanais et régional. Il a souligné que « les constantes d’une université renvoient à n’en pas douter à la tradition qui s’établit lorsqu’une congrégation religieuse, telle la Compagnie de Jésus, guidée par les principes posés par son fondateur, entreprend de prolonger dans le temps les finalités de l’éducation qu’elle transmet. En s’inscrivant dans cette lignée, les buts poursuivis « en profondeur» par une université jésuite s’inscrivent dans le temps et s’adaptent aux contextes sociaux et nationaux. Si le but de l’éducation est selon le P. Arrupe faire de tout homme « un homme pour les autres », alors l’université devient un lieu de sociabilité et d’apprentissage, un espace dédié à la transmission du savoir à travers la relation enseignants / étudiants, et symbolise un temps personnel et social privilégié de formation au service du Bien commun. Plus que toute autre université jésuite, l’Université Saint-Joseph, de par sa genèse et son développement, a eu cette responsabilité écrasante de contribuer à la formation d’une nation, de ses cadres professionnels comme de ses dirigeants. Son destin se confond avec l’histoire d’un pays qu’elle a servi et dont elle a accompagné l’évolution politique économique et sociale. Sa mission spirituelle fut d’autant plus grande que ses constantes de pluralisme, d’ouverture, et de convivialité islamo-chrétienne, inscrites dans sa Charte, connurent les épreuves de tragédies auxquelles peu d’institutions éducatives eussent pu survivre. Preuve que son destin profane reste inséparable de son dessein spirituel. »


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