Clôture du colloque : une université jésuite au Moyen-Orient, quel rôle, quelle mission

Le colloque international,organisé à l’occasion des 140 ans de l’USJ, s’est poursuivi et achevé le 23 janvier 2015.
vendredi 23 janvier 2015
de 9h30 à 20h
Amphithéâtre Pierre Y. abou Khater - Campus des sciences humaines

Organisateur(s)


Le colloque international organisé à l’occasion des 140 ans de l’USJ : « Une université jésuite au Moyen-Orient : quel rôle, quelle mission ? » s’est poursuivi et achevé le vendredi 23 janvier 2015 (2e et dernière journée). Trois thèmes ont été abordés : les universités jésuites dans le monde, l'Université Saint-Joseph dans son environnement francophone et régional, l’Université Saint-Joseph dans son environnement libanais. Puis Pr Salim Daccache s.j., Recteur de l’USJ, et S.E. M. Dimyanos Kattar, ancien Ministre, ont clôturé le colloque. Les universités jésuites dans le monde Pr Yves Poullet, Recteur de l’Université de Namur (Belgique) a noté que l’identité jésuite d’une institution universitaire se vit, se noue dans un contexte : « L’Université de Namur vit l’absence d’une relève académique jésuite et une appartenance multi confessionnelle de ses membres même aux plus hauts postes et dispose d’organes autonomes sans dépendance hiérarchique avec la compagnie de Jésus. Dans ces conditions, l’identité jésuite n’est pas un donné mais doit se construire dans un dialogue fragile, qui à tout moment peut être interrompu, entre deux institutions : la Compagnie et l’Université qui doivent se reconnaître mutuellement et respecter l’autonomie du partenaire. » Pr José Maria Guibert Ucin s.j.,Recteur de l’Université de Deusto (Bilbao, Espagne) a indiqué que « les universités jésuites d'Espagne ont commencé une nouvelle phase en 2012 au niveau de leur collaboration interne. Un nouveau "secteur apostolique a été créé, dans lequel 11 institutions d'enseignement supérieur ont été intégrées. Parmi ces institutions, nous notons d'anciennes universités comme l'Université de Deusto (1886), l'Université Pontificia Comillas (1890) et des nouvelles comme l'Universidad Loyola Andalucía (2011). Ce secteur apostolique a conçu un projet qui incluse une déclaration de mission avec quatre options stratégiques (l'éducation, la recherche, la culture et la collaboration) » Pr Joseph Aoun, Président de Northeastern University (Etats-Unis), a souligné que « la mission éducative d’un établissement d’études supérieures tel que l’Université Saint- Joseph est informée par ses valeurs, tout en ayant pour objectif de répondre aux besoins de chaque étudiant. Etant donné que les étudiants de l’USJ forment une riche mosaïque de religions et de milieux sociaux, une éducation efficace exige une personnalisation distincte taillée aux besoins de chaque apprenant. En parallèle, la mission de recherche d’une institution comme l’USJ suit un modèle informé par les besoins de sa société. Cette participation - ainsi que la protection des minorités et l’ouverture de la société - est le plus grand pas que nous pourrions prendre vers la construction d’un avenir meilleur. » R.P. Paul Fernandes s.j., Président de Xavier University (Inde), a estimé qu'il est difficile de trouver une université avec un rôle et une mission bien définis pour le 3e millénium : « alors que nous rêvons d'une université authentique qui s'inspire de la tradition jésuite et des principes ignaciens, il est important de reconnaître l'appel de Dieu. Nous devons aussi nous rappeler que les avancées en enseignement, apprentissage, recherche, innovations, digitalisation, et les compétitivités au niveau du pays font qu'il est difficile pour les universités de devenir l'Université du future. Le monde a besoin de plus d'universités et de nouvelles si possible, qui accepteraient de subir les changements et transformations. » L'Université Saint-Joseph dans son environnement francophone et régional Pr Henri Awit, Directeur de la Fondation de la Pensée arabe, a souligné que : « l’intervention ne porte pas sur l’enseignement des langues à l’Université Saint-Joseph. Elle entend montrer, en guise d’introduction, que cette dernière a adopté depuis sa fondation en 1875 le français comme principale langue d’enseignement, sans toutefois inscrire ce choix dans une véritable politique linguistique. Elle propose, en fonction de l’analyse de la problématique de la francophonie et des enjeux du plurilinguisme, des mesures pratiques susceptibles de relever ces défis. En guise de conclusion, elle invite l’USJ à devenir une université véritablement trilingue. » Pr Guillaume Leyte, Président de l’Université de Panthéon-Assas (Paris II) France, a noté que : « la place qu’occupe l’Université Saint-Joseph dans l’espace francophone paraît, à bien des égards, tout à fait singulière. Ancrée dans une société multiculturelle, l’Université entend « promouvoir à titre spécial la culture de langue arabe et la culture de langue française telles qu’elles sont assumées par l’identité culturelle libanaise ». C’est ce « biculturalisme » clairement affirmé à l’article 5 de la charte de l’Université Saint-Joseph qui fonde l’originalité de sa mission au sein de l’espace francophone. » Pr Nassib G. Ziadé, CEO-Bahrein Chamber for Dispute Resolution, a signalé « qu’il est indéniable que la langue anglaise progresse aujourd’hui par rapport au français même dans les pays qui lui étaient traditionnellement réfractaires et qu’elle est devenue la langue privilégiée du monde des affaires. Mais la francophonie ne se réduit pas à un vocabulaire, un langage, un assemblage de mots. C’est également un système de valeurs. Au-delà de son rôle actuel d’apaisement dans le brasier régional, l’USJ en tant que relais et centre dépositaire du savoir pourrait jouer à l’avenir un rôle dans la reconstruction de la région et la formation des élites. » L’Université Saint-Joseph dans son environnement libanais S.E.M. Ziad Baroud, ancien Ministre, a souligné que l’USJ est un moteur de changement et de développement : « au cœur du leadership d’opinion se dresse l’USJ depuis 140 ans. Depuis sa création, l’USJ s’est allègrement intégrée dans le tissu social libanais comme moteur de changement par ses formations multiples doublées d’un sens poussé de la chose publique. l’USJ a activement participé au développement du pays, à maints niveaux, à travers ses diplômés, ses élites, ses penseurs, ses chercheurs et ses professionnels. » Pr Fadia Kiwan, Directrice honoraire de l’Institut des sciences politiques de l’USJ, a estimé que l’USJ est un acteur de résistance culturelle : « tout au long de ses 140 ans, l’Université Saint-Joseph s’est placée au service du Liban et de la région. Deux missions majeures ont toujours animé l’Université : offrir le savoir le plus avancé dans les différentes disciplines et assurer aux étudiants une formation intellectuelle aux valeurs d’humanisme, de fraternité universelle et une formation civique et citoyenne. Envers et contre tous, elle ne cessera de délivrer un message d’ouverture, de respect de la diversité, de vénération des valeurs humaines, d’engagement citoyen au service de collectivité, d’amour de la liberté et de refus de la servitude. » Pr Adnan el Amin, Président de « the Lebanese Association for Educational Studies » (LAES), a indiqué le rôle civique de l’Université Saint-Joseph : « D’habitude, les universités déclarent qu’elles remplissent deux rôles : l’enseignement et la recherche. En fait elles jouent un troisième rôle, à savoir la dissémination d’un système de valeurs, à l’ensemble des étudiants. Les universités attachées au modèle américain ajoutent « service communautaire » aux deux rôles de l’enseignement et de la recherche. Nous considérons ce « service communautaire » comme étant un composant parmi six du rôle civique. » Mots de clôture S.E.M. Dimyanos Kattar, ancien Ministre, a souligné la vision d’une université pour demain estimant que : « le questionnement sur l’avenir de l’université et le devenir de l’enseignement supérieur vont de pair avec l’évolution des peuples ainsi que leurs besoins et leurs problématiques sociales. La réalité de nos jours met l’accent sur une concurrence entre les modèles universitaires d’une part et le fossé entre résultats universitaires et progrès social d’autre part. Cet écart s’est amplifié avec la révolution de la communication et de l’information qui a poussé à la chute des frontières mais aussi à une dynamique de détachement. Dans ce contexte de changement radical, l’intervention de l’état rapproche le pouvoir politique de l’institution académique et force un résultat plutôt social tandis que l’intervention du capital rapproche le pouvoir économique de l’institution et pousse vers une performance financière. Quel équilibre pourrons-nous trouver dans l’université pour aboutir à l’équité dans une société qui doit progresser et résoudre ses problèmes d’une façon continue ? L’avenir de l’université dépendrait entre autre de la qualité de son savoir, de la motivation de ses jeunes, de ses ressources durables et de l’intensité de son intellect » Pr Salim Daccache s.j., Recteur de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, a parlé de la vision d’avenir de l’USJ et des défis qu’elle aura à relever durant les années à venir : défi de la fidélité à son identité, défi de développer le sens d’appartenance, d’être de continuer à être l’université des libertés, du pluralisme, de l’ouverture au monde arabe, de demeurer un lieu qui favorise la pensée juste et le droit d’espérer, du courage de changer et d’innover, de favoriser les programmes de formation continue et de penser au bien-être des étudiants. Tout cela pour mieux fonder de nouveau notre mission et lui donner des chances de prospérer. Après le colloque, le Recteur Pr Salim Daccache s.j., a invité les intervenants, les différents directeurs de l'USJ et les personnes qui ont travaillé à la réussite de cet événement à une visite guidée du musée des minéraux MIM-Salim Eddé et un dîner au restaurant l’Atelier.


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