Pr Salim Dacccahe s.j., Recteur de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, a effectué une intervention lors de la journée consacrée aux migrations. Cet événement sous le thème : « Le Proche et Moyen orient, l’espace géographique du phénomène migratoire et du chaos » était organisé par l’Université des Nations Unies, le jeudi 5 mars 2015 au siège de l’UNESCO à Paris.
Pr Salim Dacccahe a commencé son intervention par une citation de Gibran Khalil Gibran, poète libanais rebelle bien connu pour son livre le Prophète : « Mon peuple est mort et je suis ici, dans ce pays lointain, errant au sein d’un peuple joyeux », disait que le poète répétait cette phrase lapidaire qui, d’une part exprimait l’étendue du drame de la grande famine qui s’est abattue sur le Mont-Liban en 1915, il y a juste cent ans, causant la mort de plus de 200. 000 personnes, et d’autre part le cri de sa douleur qui voulait réveiller les esprits endormis en les accusant de ne rien faire devant le drame. « Rien qu’en Syrie, l’on s’arrête au contingent le plus important de réfugiés dans le monde fait de Syriens , mais l’on oublie que l’on est à 270 000 morts depuis 4 ans, 370 000 au niveau de l’ensemble du grand Moyen Orient, en plus de 500 000 grands blessés » a-t-il précisé.
Dans cette intervention il a exposé les réalités de la migration dans deux parties : Le phénomène de la migration économico-sociale en mettant l’accent sur le modèle libanais et l’ampleur du phénomène des réfugiés.
Il a conclu son interventions par quelques réflexions:
1. Les réfugiés sont devenus un grand enjeu politique : les renvoyer au-delà des frontières, c’est un outil de déstabilisation des pays environnants pour les uns, c’est un outil de récupération et de continuité
2. La mobilité apparaît comme une compétence, permettant d’accroître ses revenus mais aussi son statut
3. Le Liban ne reconnait le statut de réfugié que pour les Palestiniens, ce qui fait que durant les années 1990, les Soudanais et les Iraquiens qui s’y réfugient sont considérés comme illégaux et leur seul recours c’est la protection du HCR.
4. Les réfugiés palestiniens, le cœur du problème, la blessure cause de toutes les blessures. Les Palestiniens, dont le nombre de réfugiés est estimé à 5 millions, ne sont pas comptabilisés. Ils ne dépendent pas du HCR, mais de son organisation sœur, l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).
5. Les conflits identitaires et les stratégies d’intégration chez les jeunes générations de réfugiés irakiens au Liban
6. Les jeunes générations de réfugiés irakiens au Liban vivent profondément ce problème d’intégration dans la société d’accueil, car ils n’ont plus les repères sociaux de leurs parents, ni les repères de la société libanaise, c’est pourquoi ils doivent réinventer leurs propre stratégies d’intégration par la création de nouveaux repères personnels ou collectifs qui vont former cette nouvelle identité.