Je m’appelle Ma Ya. Tout juste Ma-Ya, car chez les Chinois, on n’a pas besoin d’encombrante identité ; deux sons ou trois (syllabes), qui portent en eux bien plus qu’un simple nom et prénom : un soupçon de la personnalité du titulaire, celle, inévitable, qui lui est destinée avant même sa naissance. C’est ainsi que chez les Chinois, on s’appelle Yue Liang (Belle Lune), Mo Yao (Précieuse Jade), Wan Li (Mille-fois-Tranchant).

La Chine et moi, c’est toute une histoire. À quinze ans, j’ai parlé chinois pour la première fois. D’abord par balbutiements hésitants, puis par phrases trébuchantes, j’ai tenté, cinq ans durant, de sonder tant bien que mal ce mur impénétrable qu’est cette  langue. Plus tard, à vingt ans, par petits pas, tremblotants, certes, qui ont ensuite gagné en assurance, j’ai entrepris de découvrir ce monde fascinant que m’était la Chine durant un séjour dans la ville de Shenyang. Mais comme on dit chez les Chinois, 本性难移 (Ben Xing Nan Yi : Chassez le naturel, il revient au galop), il me tenait tout de même de rentrer au berceau natal.

C’est ainsi qu’un an plus tard, je revenais à l’ETIB pour entamer mon master en Interprétation de Conférence. Deux ans durant lesquels j’ai dû me consacrer entièrement à l’interprétation - ce métier fascinant, audacieux, minutieux, scrupuleux, esquintant oui, mais -Ô combien- auto-réalisant - à retenir lexique et lexique, à comprendre monde et monde, à me défier moi-même.

A 24 ans, mon diplôme d’interprète en main, me voilà une nouvelle fois en Chine, mais cette fois-ci dans la capitale Pékin, pour suivre un cours de langue de niveau avancé et un cours d’interprétation chinois-arabe dans l’une des plus prestigieuses universités de langues du pays, la Beijing Language and Culture University.

Quand j’y repense, mon éducation qui me paraissait, il y a encore quelque mois, conflictuelle m’apparait aujourd’hui complémentaire. Mon apprentissage de la langue chinoise a commencé relativement assez tôt, et cela m’a permis de développer la capacité de comprendre non pas la langue en tant que telle, mais la logique des langues, leur « aura ». Comprendre une langue non pas au niveau verbal, mais au niveau spirituel, si l’on peut dire. Être empathique et sympathiser avec elle, savoir ce dont elle a besoin pour enfin pouvoir recevoir quelque chose en retour ; les langues, voyez-vous, ne sont pas très généreuses. Cela m’a beaucoup aidée en cabine. La cabine m’a appris patience, créativité, et acharnement. En cabine il faut être honnête et ne pas avoir peur de voir les choses comme elles le sont. Il faut être perspicace et ne pas laisser les choses en suspens, essayer toujours et sans cesse de se sortir du pétrin dans lequel l’on s’est parfois soi-même fourré. C’est une leçon de vie.

Aujourd’hui c’est grâce aux acquis que j’ai reçus à l’ETIB, lors de ces interminables cours de traduction à vue, d’interprétation consécutive et simultanée, que j’arrive à modeler facilement ma technique de façon à ce qu’elle s’adapte aux besoins du chinois, et que j’assiste des hommes et femmes d’affaires venus des quatre coins du monde en interprétant pour eux dans mes quatre langues selon besoin, en cabine et en chuchotée. C’est par les acquis des cours de Riposte où j’ai appris à maitriser mon expression orale et à mettre un peu de ma touche personnelle dans des discours qui se voulaient à portée internationale, que je représente aujourd’hui en Chine-même à un niveau diplomatique, des organisations et associations internationales et régionales comme la China-Arab Cooperation and Development Association ACCDA, et des agences de l’initiative « One Belt, One Road » et de la Route de la Soie.

Alors ma devise : Aimez ce que vous faites, osez faire ce que vous aimez et n’en ayez pas peur !

Maya Achkar 

Interprète diplômée de l’ ETIB

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(Traduction littérale du titre: La Chine m’a dotée d’une paire d’ailes invisibles)



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