L’Arabe, langue C : Mission impossible ?

du 8 au 17 janvier 2020

Faire de l'arabe une langue C, pour un interprète en activité l'ayant appris comme langue tout à fait étrangère, semble être une pure gageure. Pour qui n'a pas l'arabe comme langue maternelle ou familiale, la nécessité en tant qu'interprète de comprendre avec précision aussi bien l'arabe classique que ses innombrables variantes dialectales revient à devoir apprendre et comprendre une douzaine de langues en une seule. C'est pourtant ce défi que les formatrices de l'ETIB ont bien voulu relever avec nous, quatre interprètes de cabines anglaise et française, plutôt habitués au dialecte égyptien, mais beaucoup moins au levantin, et encore parfois hésitants dans la compréhension de l'arabe littéraire lui-même quand nous avons affaire à un discours qui sort des sentiers battus et s'éloigne beaucoup du domaine institutionnel dans lequel nous avons l'habitude d'interpréter (ONU et OTAN). 

Cette formation courte, axée aussi bien sur l'arabe littéraire que sur l'arabe libanais et d'autres dialectes, est un premier pas sur ce (très) long chemin. Elle nous a permis de nous habituer aux expressions et tournures régionales difficiles à appréhender sans professeur, tout en nous initiant aux aspects culturels indispensables à une compréhension plus fine des allocutions prononcées en arabe lors de conférences, car elles évoquent souvent des considérations régionales trop peu connues en Occident : faits religieux, historiques, sociaux, événements géopolitiques décisifs mais peu relayés en Europe, ont été adroitement tissés dans les divers discours qui nous ont été donnés pour notre pratique. Nous avons également reçu des conseils très utiles au sujet des paragraphes d'ouverture des discours, si prolixes en arabe et souvent sans équivalent direct dans nos langues-cibles quand ils mêlent formules religieuses et salutations protocolaires. Le tout était complété par un cours de culture générale, dispensé en arabe, qui nous a donné l'occasion de décortiquer aussi bien les versets les plus connus du Coran que les vers d'Al-Mutanabbi. Sans oublier l'immersion totale en milieu Levantin, surtout en cette période d'ébullition, qui nous a souvent permis, sur une affiche, au détour d'une rue, ou d'une conversation, de retrouver les mots et les thèmes que nous venions d'aborder en cours. Mon seul regret est que la formation n'ait pas duré plus longtemps. 

Dans l'ensemble, cette formation aura été intense et exigeante, mais très agréable et stimulante : les discours qui nous ont été donnés à interpréter aussi bien en consécutive qu'en simultanée nous ont poussé dans nos derniers retranchements, mais c'est justement ce qui les rendaient utiles, car ils étaient toujours une mine de nouvelles connaissances aussi bien lexicales que culturelles. Par ailleurs, les formatrices ont fait montre d'une bienveillance et d'un sens pédagogique qui ne pouvaient que nous encourager. Et qui peut le plus peut le moins : une fois de retour à nos conférences habituelles, nous pourrons y travailler depuis l'arabe avec bien plus de confiance en nos capacités qu'auparavant. Je remercie l'ensemble des formatrices pour leur accueil et leur efficacité et, comme mes camarades sans doute, j'ai déjà hâte de participer à une nouvelle édition de cette formation.

 

 

Aymeric de Poyen Bellisle
Interprète de Conférence, Member de l’AIIC, Accrédité auprès de UN/EU