À l’initiative du Centre professionnel de médiation (CPM) de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ), une rencontre intitulée « Women Local Mediators at the Forefront of Peacebuilding in Lebanon » s’est tenue le mardi 27 janvier 2026 à l’auditorium François S. Bassil, au Campus de l’innovation et du sport de l’USJ, rue de Damas. Cet événement, en collaboration avec ONU Femmes et International Alert et soutenu par le gouvernement de la Finlande, a mis en lumière la contribution essentielle des femmes médiatrices communautaires à la prévention des conflits, à la cohésion sociale et à la consolidation de la paix au Liban.
La rencontre s’est déroulée en présence du Recteur de l’USJ, le Pr François Boëdec s.j., des ambassadeurs de Finlande, de Norvège, de Pologne et de Colombie, ainsi que des représentants des ambassades du Canada, du Mexique, de Belgique, et du Brésil, aux côtés de partenaires institutionnels, d’acteurs de la société civile et de femmes médiatrices communautaires venues de différentes régions du pays.
Dans son mot d’ouverture, Mme Johanna Hawari Bourjeily, fondatrice et directrice du CPM, a souligné la portée symbolique et humaine de cette rencontre, en évoquant la force de la solidarité féminine au-delà des frontières et des cultures. Elle a rappelé que le courage des femmes réside avant tout dans « le choix du changement », un choix qui a guidé la création du CPM au lendemain de la guerre de juillet 2006.
Elle a également affirmé que ce projet a été une opportunité de démontrer que les femmes ne sont pas uniquement des victimes des conflits, mais qu’elles disposent de compétences spécifiques pour contribuer à leur résolution et à l’enracinement d’une culture de la non-violence.
Premier centre de médiation au Liban, le CPM s’est structuré autour d’une mission claire : reconstruire des ponts entre les individus et les communautés. Centre de formation, de médiation et incubateur de projets, il est aujourd’hui présent à Beyrouth, Tripoli, Saïda et Dubaï. En vingt ans, il a formé plus de 15 000 élèves à la communication non violente et à la médiation, plus de 5 000 étudiants dans plusieurs pays de la région, ainsi que plus de 1 000 médiateurs professionnels, dont 80 % de femmes.
Mme Hawari Bourjeily a mis en avant le partenariat engagé en 2018 avec ONU Femmes, à travers une première initiative pilote menée avec la FINUL, avant le lancement, en 2020, d’un programme d’envergure nationale en collaboration avec International Alert. Cette démarche a permis de sensibiliser et de former plus de 240 femmes issues de dix régions libanaises, Akkar, Tripoli, Kesrouan-Jbeil, Beyrouth, Chouf, Mont-Liban, Zahle, Ain el Helwe, Tyr-Abbassieh et Marjeyoun dont 34 médiatrices professionnelles et 140 médiatrices communautaires aujourd’hui actives sur le terrain.
Prenant la parole, le Recteur de l’USJ s’est réjoui de la mise en œuvre et de la continuité de ce projet, qu’il a inscrit au cœur de la mission de l’Université au service du Liban et de la région. Il a rappelé que, depuis 2018, le CPM agit comme partenaire exécutif de ONU Femmes pour le projet régional Women, Peace and Security in the Arab States, visant à renforcer les capacités des femmes au niveau communautaire afin de prévenir, atténuer et résoudre les conflits, tout en favorisant leur participation effective aux efforts de paix.
En outre, il a souligné l’ampleur du travail accompli entre 2018 et 2025, qualifié de « travail considérable », permettant au projet de passer d’une initiative pilote dans le sud du Liban à un programme national couvrant dix régions. Il a insisté sur la qualité d’un programme combinant médiation communautaire, communication non violente et analyse des conflits sensible au genre, tout en s’adaptant à un contexte politique, socio-économique et sécuritaire en constante évolution.
Évoquant les crises successives traversées par le Liban, le Pr Boëdec a estimé que la poursuite du projet relevait presque du « miracle », rendu possible par l’engagement et le professionnalisme des équipes. Il a salué le rôle central joué par les 140 femmes médiatrices communautaires, notamment lors de la troisième phase du projet, dans les réponses humanitaires, les structures de gouvernance locale, les centres d’hébergement et les mécanismes de gestion des risques.
Représentant ONU Femmes au Liban, Mme Gielan El Messri a rappelé que la construction de la paix communautaire ne saurait être un concept abstrait, mais doit s’inscrire dans « un travail quotidien, ancré dans les réalités locales ». Elle a souligné que, dans le contexte libanais, les tensions émergent souvent de problématiques du quotidien — gestion des ressources, pression sur les services, désinformation ou conséquences des déplacements — rendant essentielle la prévention de l’escalade et l’ouverture d’espaces de dialogue.
Mme El Messri a mis en avant le rôle déterminant des femmes médiatrices communautaires, actrices de première ligne capables de proposer des solutions enracinées dans une connaissance fine des contextes. Elle a souligné l’évolution de leur action vers une coopération structurée avec les municipalités, les institutions publiques, les acteurs sécuritaires et humanitaires, contribuant ainsi à maintenir la cohésion sociale dans des périodes de grande fragilité.
Elle a également replacé cette dynamique dans un contexte symbolique fort, marqué par le 25ᵉ anniversaire de la résolution 1325 et par l’élaboration prochaine de la deuxième stratégie nationale libanaise pour sa mise en œuvre, rappelant que la participation des femmes à la prise de décision constitue « une condition essentielle d’une paix durable ».
S.E. Mme Anne Meskanen, ambassadrice de Finlande au Liban, a souligné que la promotion de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité constitue une priorité constante de la politique étrangère finlandaise. Rappelant que « la paix durable est impossible sans la participation pleine, égale et significative des femmes », elle s’est dit fière du soutien de la Finlande à ONU Femmes, au Women’s Peacebuilding Network et aux femmes bâtisseuses de paix au Liban.
Mme Meskanen a insisté sur l’importance d’investir dans l’autonomisation politique et économique des femmes, « dans toute leur diversité », incluant les femmes palestiniennes, les femmes non libanaises et les femmes en situation de handicap. Elle a souligné la nécessité de relier l’action locale à des messages nationaux clairs afin de renforcer la visibilité et l’accès des femmes aux espaces de décision.
En clôture, Mme Layal El Asaad, directrice pays d’International Alert, est revenue sur la richesse des échanges, soulignant que la médiation locale n’est ni un luxe institutionnel ni un concept théorique, mais « une pratique quotidienne » portée par des femmes engagées au cœur de leurs communautés. Elle a mis en avant la force des réseaux construits et l’urgence de maintenir des espaces sûrs favorisant la solidarité et l’action collective.
Pour Mme El Asaad, cette rencontre s’inscrit dans un processus de long terme, visant à consolider le rôle des femmes comme actrices centrales de la prévention des conflits et de la paix, en lien étroit avec l’agenda Femmes, Paix et Sécurité et la mise en œuvre de la résolution 1325.
Lors de cette rencontre ont été diffusées deux vidéos, la première vidéo mettant en valeur les initiatives réalisées par les femmes des dix régions : Akkar, Tripoli, Kesrouan-Jbeil, Beyrouth, Chouf, Mont-Liban, Zahle, Ain el Helwe, Tyr-Abbassieh et Marjeyoun. La deuxième vidéo, « Voices of Women from the South » témoigne du vécu et du courage des femmes du Sud. Un panel de discussion a ensuite réuni des femmes médiatrices communautaires et des responsables institutionnelles issues de différents horizons, offrant un espace d’échange autour des défis, des bonnes pratiques et des perspectives de la médiation communautaire au Liban.
Les échanges ont mis en évidence la complémentarité entre l’action de terrain des femmes médiatrices communautaires et les cadres institutionnels nationaux et municipaux.
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Mot du Professeur François Boëdec s.j., Recteur de l’USJ
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