Dans le cadre des activités du Master en communication et marketing politique, l’Institut des sciences politiques (ISP), a organisé une conférence avec S.E. M. Bruno Foucher, Ambassadeur de France au Liban, dans le cadre de son cours à l’ISP : « Le système international ; tensions et régulations », sur le thème : « La politique arabe de la France ». Cette conférence s’est tenue à l’amphithéâtre Gulbenkian du Campus des sciences sociales en présence notamment du Pr Salim Daccache s.j., recteur de l’USJ, de M. Karim Bitar, directeur de l’ISP, du Pr Pascal Monin, responsable du Master et directeur de l’Observatoire de la fonction publique et de la bonne gouvernance, et d’un parterre de responsables universitaires et d’étudiants.  

Dans un mot prononcé au début de la conférence, le Pr Salim Daccache s.j. a accueilli M. Foucher en tant que « fin connaisseur du Moyen-Orient et du monde arabe », qui « s’attaque à un sujet en apparence simple, mais en réalité complexe autour duquel gravitent de nombreux mythes et utopies : la politique arabe de la France, qui remonte loin dans l’histoire et que l’on dit si chère au Général De Gaulle, qui ne manquait jamais une occasion de rappeler les liens historiques, profonds et permanents entre la France et l’Orient. »

Dans son mot, le Pr Pascal Monin a rappelé l’existence de « deux rapports publiés en 2017 appelant à une redéfinition de la politique de la France dans cette partie du monde. » Le premier rapport, selon le Pr Monin, émet de nombreuses critiques à l’adresse de la diplomatie française et propose de nouvelles orientations en faveur d’une inflexion de la politique étrangère de la France au Moyen-Orient, tandis que le deuxième rapport reproche à la France de reposer sa politique à l’égard du Moyen Orient, sur un héritage historique qu’elle entretient sans véritable vision prospective et sans véritable analyse des faits, ni de ses intérêts.

« Qu’en est-il de cette politique qui remonte non pas au Général De Gaulle, mais bien avant dans l’histoire ? », demande le Pr Monin à l’ambassadeur de France, qui ne va pas tarder à répondre aux questions portant sur les aspects historiques et géopolitiques des relations franco-arabes.

En effet, l’ambassadeur de France au Liban commence son intervention en affirmant que « la France n’a pas une vision particulière du monde arabe, en termes de sa composition ou de sa recomposition, car quand elle réfléchit à ce monde, elle applique des paramètres communs à tous les pays du monde. La France est favorable à la démocratie, aux questions des droits de l’homme, au respect des minorités et l’épanouissement des individus. La défense de ces paramètres se fait automatiquement. Nous sommes aussi sensibles à l’émergence des sociétés civiles et des questions environnementales. »

A la question « y a-t-il un seul monde arabe ? », M. Foucher se réfère aux « concepts utilisés au Quai d’Orsay, qui stipulent que le monde arabe couvre des pays qui sont arabophones évidement, mais aussi l’Iran, qui est à la frontière de plusieurs mondes, et en exclut la Turquie. »

« Que veut dire politique arabe de la France ? », lui demande le Pr Monin, et à Foucher de répondre : « Parler de politique arabe de la France soulève tous les fantasmes : vous avez ceux qui disent qu’elle n’existe plus à cause des rivalités des grandes puissances, et ceux qui la résume au colonialisme, aux mandats et aux crises comme celle du Canal de Suez, et que sa politique actuelle est la phase agonisante de cette volonté de domination. D’aucuns disent qu’elle s’est alignée à celle des Etats-Unis, après De Gaulle et Mitterrand, et totalement morte après la prise de pouvoir de Nicolas Sarkozy. »

« La France est une puissance méditerranéenne depuis longtemps, enchaine l’ambassadeur de France, et la première politique arabe est née avec François 1er qui se sent encerclé par l’Espagne et décide d’y opposer une politique dite de revers avec l’Orient turque, couronnée par les Capitulations qui vont permettre aux marchands français de commercer en toute sécurité dans l’empire ottoman. Mais la relation actuelle, c’est le Général De gaulle qui en fixe le périmètre. En 1958, il a souhaité tourné la page du colonialisme. Cette approche procède d’une vision qui se développe en deux temps : le premier est celui de l’indépendance de l’Algérie et le deuxième c’est la guerre de 1967, avec la suspension de l’aide militaire à Israël. »

La continuation de cette politique se décline actuellement pour M. Foucher en trois piliers : la distanciation avec la politique américaine en poursuivant une voie indépendante, une position de plus en plus critique vis-à-vis d’Israël et les intérêts français dans le monde arabe.

« Concernant le premier pilier, enchaine l’ambassadeur de France, je ne comprends pas comment nos alliés nous demandent qu’on ne parle pas à une partie de la population libanaise, à savoir le Hezbollah. Ne pas parler à 30% de la population libanaise c’est se priver de la capacité de faire passer des messages. »

En ce qui concerne le deuxième pilier, ajoute M. Foucher, « nous avons conservé un discours, non pas hostile, mais critique face à Israël, nous ne nous alignons pas aux positions des dirigeants israéliens de gauche ou de droite. Nous leur disons que la colonisation est illégale. Nous sommes attachés au droit international et nous refusons l’annonce faite par les Etats-Unis, stipulant que Jérusalem est la capitale d’Israël. »

Durant le débat modéré par le Pr Pascal Monin, le troisième pilier, qui consiste à ce que le Liban soit au cœur des intérêts français dans la région et qui comprend un « refus de tout ce qui peut perturber la stabilité du Liban », est explicité davantage par M. Foucher après cette question posée par le Pr Monin: « Vous avez parlé du rôle médiateur de la France, alors est-ce que la France va intervenir dans la politique américaine vis-à-vis du Liban concernant le Hizbollah ? »

« Parce que nous avons des liens historiques avec le Liban, affirme M. Foucher, la France respecte son indépendance et sa souveraineté. Le but de la politique extérieure n’est pas le changement de régime d’un autre pays. C’est un jeu dangereux auquel des pays s’adonne sans vergogne, mais nous on ne le fait pas. »

« Il y a une obsession anti iranienne de la part du Président Donald Trump. Pour notre part nous continuons de parler avec les iraniens. En ce qui concerne le Hezbollah, je pense que ceux qui refusent de parler avec ce parti font fausse route, et se privent de parler avec des libanais qui sont représentés au Parlement », conclut l’ambassadeur de France au Liban.  


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