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Argumentaire

La division du patriarcat grec d’Antioche
Trois siècles plus tard (1724-2024):
Rétrospectives et prospectives


L’Institut pontifical oriental (PIO) à Rome et
le Centre de documentation et de recherches arabes chrétiennes (CEDRAC) à
l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ)
lancent le projet de publication suivant.


En juillet 1724, le siège du patriarcat grec (en arabe rūm) d’Antioche se trouve réclamé par deux titulaires, Cyrille Ṭānās (autrement appelé Séraphin) et Sylvestre de Chypre. Contrairement aux rivalités entre candidats qui étaient courantes sur le siège d’Antioche, cette double élection, dans une conjoncture ecclésiale, économique et politique tout à fait particulière, aboutit à la création de deux Églises séparées.

Dans le sillage de la crise de la Réforme en Occident et un contexte de compétition, l’Église de Rome entreprenait à son tour un projet culturel de réforme de l’institution, mais aussi des fidèles. Durant moins d’un siècle, d’environ 1650 à 1750, les missionnaires latins ont réussi, non sans l’apport et parfois malgré l’opposition des ambassades européennes, à créer un mouvement en faveur de l’union. Les patriarches grecs de Constantinople et de Jérusalem ont multiplié leurs interventions pour amener Antioche à l’« Orthodoxie ». Ayant auparavant subi une forte influence latine, les responsables ecclésiastiques cherchaient à se démarquer de plus en plus de la Réforme et du catholicisme.

Les prélats locaux, affaiblis par une pauvreté matérielle et culturelle, mais dotés d’un réseau de soutien des puissances orthodoxes (Principautés roumaines et Russie) et même de la Sublime Porte, ont toléré l’apport pastoral et spirituel des missionnaires et ont bénéficié de l’appui commercial qu’offrait le label « catholique », autant qu’il était encore possible de gérer les pressions.

Suite à la double élection patriarcale de 1724, la communauté grecque antiochienne s’est organisée progressivement en deux Églises distinctes, orthodoxe et catholique. Les marqueurs de différenciation se sont multipliés entre ces deux communautés dans un cadre de compétition. Au fil du temps, la (re)construction du récit de la division de 1724 a été, à des degrés différents, assujettie à un agenda polémique visant lui aussi à élaborer une identité en opposition à l’autre.

L’activité missionnaire romaine et la réaction orthodoxe furent, entre autres facteurs, le catalyseur d’une production littéraire majoritairement en langue arabe à caractère apologétique ou polémique. Ce climat d’émulation intellectuelle et littéraire peut être considéré comme un des facteurs qui ont préparé le mouvement de la Nahḍah.

Dans cette confrontation, un choc de plusieurs visions ecclésiologiques a eu lieu. L’arsenal des arguments latins élaboré dans le contexte de la Contre-Réforme pénètre dans les milieux catholiques surtout par l’intermédiaire des Maronites. D’autre part, les arguments byzantins contre la monarchie et l’infaillibilité papale ont été repris du côté orthodoxe antiochien non sans une coloration propre, celle d’une Église fière de sa fondation pétrinienne.

Le CEDRAC et le PIO projettent de publier une étude systématique et œcuménique pour commémorer le troisième centenaire de la division du patriarcat grec d’Antioche en 2024. L’objectif est de permettre un retour sur les enjeux de cette division « à sang froid ». L’approche vise à étudier cette histoire toujours vivante avec plus d’objectivité scientifique, sans aucune intention polémique et dans l’espoir de tracer les voies futures amenant à une mémoire pacifique et une compréhension commune.

Ainsi, le projet de la publication sera organisé selon les cinq axes suivants :


1- axe historique
traitant la division elle-même et son contexte (XVIIe au XVIIIe siècle) ;

2- axe historiographique
faisant le point sur les récits postérieurs à la division ;

3- axe de l’histoire littéraire
traitant des textes polémiques de l’époque ;

4- axe d’ecclésiologie historique
élucidant le développement des théologies sous-jacentes et des pratiques ecclésiales ;

5- axe œcuménique
examinant l’ancienne et la future signification de la division et ouvrant des perspectives futures et de nouveaux horizons.

Cette étude sera publiée au CEDRAC dans la collection « Textes et études sur l’Orient chrétien » (TÉSOC).
Manifestation académique : Rome, 29 novembre 2024

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